Avant que j'oublie, un roman de Anne Pauly

Publié le par Marguerite Rothe

roman autobiographique d'Anne Pauly aux éditions verdier

Avant que j'oublie... Oui, parce que la mémoire est fragile, manipulable, suggestionnable, fantasque, à la fois belle et terrifiante. Imparfaite, mais indispensable ; vitale, même (écrivant cela, je pense au film Memento, de Christopher Nolan).

En écrivant Avant que j’oublieAnne Pauly a dû mener de concert deux exercices : celui du travail de la mémoire et celui de la mise en forme de ladite mémoire. Une tâche qui requiert de tenir fermement la bride à l’un comme à l’autre. Ne pas trop laisser les souvenirs s’épancher, leur laisser juste ce qu’il faut d’ampleur pour que l’émotion qu’ils suggèrent soit forte et sereine ; et de l’autre côté, aller à la pêche aux mots qui vont s’ajuster, cerner cette mémoire. Lui faire un écrin. Roman et autobiographie sont ici intimement liés, et le mariage est une belle réussite. Car contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’est pas si facile de manier l’intime pour en faire de l’universel. Il faut du talent, pour ça.  La « Lettre de Juliette » en est le meilleur exemple et ce passage du roman est, selon mon goût, un bien joli morceau de travail d'écriture. L’auteur a fondu et amalgamé le réel à la technique de l’écrit comme si de rien n’était. C'est merveilleux d'authenticité. Il y a des textes que l’on aimerait avoir soi-même écrits. Avant que j’oublie est une très belle histoire sur le deuil, sur l’avenir soudain devenu indiscernable, sur les doutes de l’amour (de sa présence ou de son absence, réelle ou fantasmée), sur la réconciliation avec soi-même et donc avec les autres, sur la transcendance des souffrances et des abandons passés, sur la colère et le ressentiment. Oui la vie est une sacrée chienlit, mais parfois, et grâce au Ciel, ce qu’elle peut être gratifiante !

©Marguerite Rothe • Janvier 2020


Quatrième de couverture

Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

Avant que j'oublie, un roman autobiographie d'Anne Pauly, édité aux éditions Verdier collection Chaoïd - Premier roman

 

Cet ouvrage a reçu le Prix Envoyé par la Poste 2019.

Éditions Verdier - Collection Chaoïd  • 144 p. • Broché 14,00 € • ePub : 8,49 € • ISBN : 978-2-37856-029-4

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