Croquelune, roman gai de Frédéric Dard

Publié le par Marguerite Rothe

Rroû, Quinzinzinzili, Fables fraîches pour lire à jeun, et d'autres histoires encore, sont mes petites gourmandises littéraires, mes macarons pralinés. Les douceurs dont je n'abuse pas, pour ne jamais me lasser de l'excellence. Croquelune en fait désormais partie. D'ailleurs, après l'avoir terminé, j'ai décidé de faire entrer Frédéric Dard dans mon panthéon perso' ; celui où prennent place les Virtuoses de la Plume & du Stylo, les Cracks du Clavier, et les Grands Imaginateurs d'histoires.
Et dire que depuis que j'ai dépassé l'âge de lire la Comtesse de Ségur ou de dévorer les aventures de Mandrake le Magicien, jamais l'idée ne m'avait effleuré d'ouvrir un "Dard" ! Pour me consoler, je me dis que si je ne l'ai pas fait, c'est simplement parce que ce n'était pas le bon moment. De toute façon je suis comme ça, et depuis que je sais lire je me laisse porter au gré des bibliographies, parutions, notes de bas de page, échanges verbaux, œuvres cinématographiques, etc. Je fais feu de tout bois et me laisse volontiers entraîner par ma curiosité dans le champ infini de la littérature. Espace à l'intérieur duquel je découvre de temps à autre de véritables pépites. Comme Croquelune.

Lorsqu'un roman est frappé d'intemporalité, l'on peut avancer sans erreur possible que celui-ci se positionne dans la catégorie des "grands" ; Croquelune en fait partie. Indéniablement. Il le fait sans effort. Tout naturellement, porté par des mots et des phrases sans emphase, mais d'une beauté et d'une gentillesse à couper le souffle. Oui, parce que Croquelune symbolise la gentillesse. Loin d'être parfait, il est habité par une belle âme. C'est ce qui ressort de cette histoire. Que des grincheux et des méchants (voire une très "méchante" pour l'une d'entre eux) s'y ébattent ne change rien à l'affaire. L'autodidacte en moi a été séduite par la prose décomplexée de cet auteur hors-norme. Son écriture élaborée tout en étant familière (dans le sens d'accessible), roborative, mais sans excès, est savoureuse comme le serait un bœuf bourguignon ou un pot-au-feu mitonné à la mode d'antan.

©Marguerite Rothe

Petit panel de citations, tirées du roman Croquelune

Ensuite venaient la librairie Duvin, sombre, râpée et poussiéreuse comme la reliure d'un vieux missel ; le Magnific Cinéma peint en rouge – un rouge douloureux ; puis, plus loin encore, l'Hôtel de Paris qui, tous stores baissés, abritait dans une ombre équivoque des existences furtives.

Ficelle se gratta le crâne d'un ongle calciné et une pluie de pellicules tomba gracieusement sur ses épaules.

Croquelune gagna la fenêtre à tâtons et repoussa les volets, offrant ainsi la pièce à une lumière morte oublieuse des recoins où se blottirent des ombres épaisses.

Élodie Durand était une âpre vieille fille, longue, mince, anguleuse, acerbe, que l'on avait toujours l'impression de contempler de profil.

De plus, Noémie Poix est atteinte d'une tumeur au pylore et sa respiration a l'odeur de ses péchés.

Roman Croquelune, de Frédéric Dard, paru aux Éditions de Savoie en 1944

Ce qu'en dit l'éditeur

Ce roman décapant nous conte la mésaventure dramatique et rocambolesque survenue au personnage principal, Croquelune, esprit simple pour les uns, simple d'esprit pour d'autres.
L'histoire sert de prétexte à Frédéric Dard pour nous dépeindre avec ironie et tendresse la vie d'une population laborieuse aux figures pittoresques et le comportement des notables d'une petite ville de la France profonde.

Ce livre, écrit par Frédéric Dard sous l'Occupation, parut en 1944 aux éditions de Savoie, à Lyon.

Un blogue majoritairement consacré à Frédéric Dard

Biographie express

Frédéric Dard (né Frédéric Charles Antoine Dard le 29 juin 1921 à Jallieu en Isère, et mort le 6 juin 2000 à Bonnefontaine, Fribourg, Suisse) est un auteur connu principalement pour ses aventures du commissaire San-Antonio, dont il a écrit 175 aventures depuis 1949. Parallèlement aux San-Antonio, l'un des plus gros succès de l'édition française d'après-guerre, Frédéric Dard a produit sous son nom ou sous pseudonyme, des romans noirs, des ouvrages de suspense psychologique, des « grands romans », des nouvelles, ainsi qu'une multitude d'articles. Débordant d'activité, il fut également auteur dramatique, scénariste et dialoguiste de films. Selon ses dernières volontés, Frédéric Dard a été enterré dans le cimetière de Saint-Chef, en Isère, village où il a passé une partie de son enfance et où il aimait se ressourcer. Un musée est en partie consacré à son œuvre.

Entretien en 1980 avec Patrick Ferla • Archives de la RTS

Frédéric Dard est surtout connu pour avoir été le père des aventures du fameux commissaire San-Antonio. Dans une langue se réclamant à la fois de Céline et de Rabelais, nourrie à la fois par l’argot et une foule de néologismes d’une inventivité sidérante, les 175 romans signés San-Antonio connaissent dès 1949 un succès foudroyant. En 1978, il publie "Y a-t-il un Français dans la salle ?" sous la signature de San-Antonio, alors que le célèbre commissaire n’y apparaît pas. Mais la langue, l’outrance des mots et des situations romanesques sont bien du San-Antonio, parfois à la limite du supportable. On apprendra au cours de cet entretien avec Patrick Ferla en 1980 que Frédéric Dard considérait que ce livre était sans doute le plus personnel qu’il ait écrit, et le plus risqué aussi.

La deuxième édition de luxe (1945) comprenait des illustrations en couleurs de Joseph Hémard

Document trouvé sur le blogue toutdard.fr

©Tableau The sunshade, de William John Leech, pour la couverture de l'article.

 

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