Délivrance, un roman de James Dickey

Publié le par Marguerite Rothe

Délivrance, de James Dickey, aux éditions Gallmesteir. Littérature américaine. Roman survivaliste. Survival novel.

Délivrance s'ouvre sur la réunion de quatre hommes occupés à la mise au point d'un parcours sportif. Il s'agit de descendre en canoë une rivière longue de 80 km, la Cahulawassee. On comprend aussi, au fil des paragraphes, que ces quatre gars (sauf un) ne sont pas des sportifs accomplis. Qu'importe, ce ne sont pas quelques rapides qui les arrêteront. Fastoche ! Ils feront le parcours en deux jours.

Je crois qu’on voulait juste prendre un peu l’air. On travaille tous en ville et ça finit par être lassant de passer toutes ses journées assis dans un bureau. Le gars qui s’est cassé la jambe était déjà venu pêcher dans le coin. Il disait que ça serait une bonne idée de venir explorer un peu avant qu’on transforme tout ça en lac et en jardin public.

D'entrée de jeux, le lecteur devine qu'il va leur arriver des ennuis. Et possiblement sévères, si l'on en croit la quatrième de couverture du roman. Au reste, dès les premiers chapitres, une atmosphère pesante est sciemment développée par l'auteur, James Dickey.

Ces quatre hommes, tout juste quarantenaires, décrits comme des citadins de vocation, opportunistes, inconsciemment méprisants vis-à-vis du monde rural, facilement arrogants, ont des personnalités peu enviables. Ces gars, James Dickey s'est appliqué au fil des lignes à les faire apparaître sans réelle maturité intellectuelle ni profondeur spirituelle. J'ai eu bien de la peine à éprouver quelque sympathie à leur égard. Signe que l'auteur a fait du bon boulot.

Spoiler:
Sauf Drew, le musicien, qui est le seul du groupe à avoir un vrai sens moral. Du coup, il devient l'empêcheur de tourner en rond. Il est aussi le seul dans l'histoire qui va y laisser sa peau.

Les messages

Si le laïus que fait Lewis à Ed sur le survivalisme au cours du voyage à l'aller donne une idée précise au lecteur de la personnalité de Lewis, il est surtout le prétexte pour justifier l'histoire extrême que va développer Dickey. Une aventure qui va permettre aux protagonistes de laisser de côté les questions (évacuées aussi vite qu'évoquées) de légitime défense, de la loi et de la justice quand disparaissent les barrières de la civilisation. Et grâce à cet artifice narratif, par personnages interposés, l'auteur interroge le lecteur : "Alors, et toi, que ferais-tu ?" Je ne sais pas. Parce que ce n'est pas la fin du monde ni la troisième guerre mondiale, et que les aliens n'ont pas encore débarqué. Au moment où j'écris ces lignes, j'y réfléchis toujours.

Psychologiquement, c’est certain. Parfois, j’ai l’impression d’avoir vraiment hâte. La vie qu’on a est si merdique et si compliquée que ça ne me dérangerait pas qu’elle se réduise très vite à la simple survie de ceux qui sont prêts à survivre. J’ai sans doute réellement chopé la folie de la survie, le vrai grain. Et pour tout te dire, je ne pense pas qu’on soit très nombreux comme moi. La plupart des autres pourront peut-être hurler et s’arracher les cheveux, ils sont éventuellement prêts pour telle ou telle forme de violence hystérique, mais je crois qu’ils ne seraient pas trop mécontents de laisser tomber et d’en finir.

L'autre message est écologique : que penser de ces travaux monumentaux qui saccagent la nature à des fins de développement économique ?

J'ai bien aimé cette lecture. Entre action et réflexion, je l'ai trouvée stimulante. L'auteur laisse son lecteur seul avec lui-même et sa flopée de questionnements, comme il abandonne Ed, le narrateur, à la réalité de l'ultime folie qu'il commet ce dernier jour de randonnée.

À noter

James Dickey nous offre deux très beaux morceaux de littérature :
L’un sur l'escalade périlleuse d'une paroi abrupte, et l’autre, sur la descente mortelle des rapides dans le dernier canoë. C'est époustouflant de réalisme.

©Marguerite Rothe

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Quatrième de couverture

Roman de James Dickey, aux éditions Gallmeister. Littérature américaine.

Avant que la rivière reliant la petite ville d'Oree à celle d'Aintry ne disparaisse sous un immense lac artificiel, quatre trentenaires décident de s'offrir une virée en canoë pour tromper l'ennui de leur vie citadine. Gagnés par l’enthousiasme du charismatique Lewis et bien que peu expérimentés, Bobby, Ed et Drew se laissent emporter au gré du courant et des rapides, au cœur des paysages somptueux de Géorgie. Mais la nature sauvage est un cadre où la bestialité des hommes se réveille. La question du survivalisme n'est plus alors une vue de l'esprit, une théorie sur laquelle l'on peut empiler impunément les fantasmes les uns sur les autres.

Une mauvaise rencontre et l'expédition se transforme en cauchemar : les quatre amis comprennent vite qu'ils ont pénétré dans un monde où les lois n’ont pas cours. Dès lors, une seule règle demeure : survivre.

Best-seller de renommée internationale, Délivrance a reçu le prix Médicis étranger. Adapté au cinéma par John Boorman,  Délivrance est une de ces découvertes littéraires qui marquent l'esprit et ne s'oublient pas de si tôt. À bord du canoë, happé par la voix d'Ed, le lecteur poursuit cette aventure dont nul ne sortira indemne.

Éditions Gallmeister • Collection AMERICANA • ISBN 978-2-35178-066-4 • Parution le 06/06/2013 • 288 pages • 23,10 euros • Traduit de l’américain par Jacques Mailhos • Titre original : Deliverance • Copyright © 1970 by James Dickey

Un peu vieilli, le film est prenant. Les situations du roman sont bien restituées. Le doublage en français n'est pas terrible. À noter : le rôle du sheriff est joué par James Dickey lui-même.

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