Le printemps est un paradis provisoire • Les Misérables, de Victor Hugo - Tome V • Livre 1er - La guerre entre quatre murs • XVI Comment de frère on devient père. (extrait)

Publié le par Marguerite Rothe

Extrait de l'épopée romanesque Les Misérables, de Victor Hugo

« Il avait plu la veille, et même un peu le matin. Mais en juin les ondées ne comptent pas. C’est à peine si l’on s’aperçoit, une heure après un orage, que cette belle journée blonde a pleuré. La terre en été est aussi vite sèche que la joue d’un enfant.

À cet instant du solstice, la lumière du plein midi est, pour ainsi dire, poignante. Elle prend tout. Elle s’applique et se superpose à la terre avec une sorte de succion. On dirait que le soleil a soif. Une averse est un verre d’eau ; une pluie est tout de suite bue. Le matin tout ruisselait, l’après-midi tout poudroie.

Rien n’est admirable comme une verdure débarbouillée par la pluie et essuyée par le rayon ; c’est de la fraîcheur chaude. Les jardins et les prairies, ayant de l’eau dans leurs racines et du soleil dans leurs fleurs, deviennent des cassolettes d’encens et fument de tous leurs parfums à la fois. Tout rit, chante et s’offre. On se sent doucement ivre. Le printemps est un paradis provisoire ; le soleil aide à faire patienter l’homme. »

Victor Hugo

____________________________________________________________

Voilà, c'est le dernier extrait, splendide de poésie, que je voulais vous proposer. Il aurait put y en avoir beaucoup d'autres, car Les Misérables est une œuvre monumentale. J'avais vu le le film (celui de Jean-Paul Le Chanois, avec Jean Gabin), mais je ne m'était jamais attaquée à ce pavé de 513 000 mots ; 1664 p. au format poche. Pour être tout à fait honnête, il y a des passages que j'ai préféré, et même qui m'ont emporté au royaume des grands écrivains ; et d'autres (très peu nombreux) qui m'ont ennuyé, comme les dizaines de pages sur la bataille de Waterloo. J'avoue qu'à ces moments-là, mon attention se laissait distraire par les petits oiseaux, les nuages, et le vent dans les arbres, puisque j'écoutais/lisais ce livre en faisant ma marche quotidienne. C'est l'avantage de l'audio. Avec un livre papier, sauter des paragraphes, voire des pages, cela peut être culpabilisant pour certains lecteurs. Sinon, l'audio est un support qui permet au plus grand nombre de s'attaquer à des œuvres qui paraissent longues ou difficiles, comme je l'expliquai dans cette note : Sur la lecture, de Marcel Proust.

©Marguerite Rothe, novembre 2019

Références de lecture : Éditions Audible • Les Misérables, Victor Hugo • Lu par Pierre-François Garel - et les 5 volumes gratuits au format epub : Ici