Super-Cannes, une fiction d'anticipation de J. G. Ballard

Publié le par Marguerite Rothe

Roman Super-Cannes, de James graham Ballard, aux éditions Tristram

Pour continuer ma découverte de J. G. Ballard, je me suis tournée cette fois vers Super-Cannes Super-Cannes. Un choix guidé par la nostalgie (un peu), mais surtout par la curiosité : je voulais voir comment il avait transposé ses impressions quant à ce pays bleu et ensoleillé qu'est la Côte d'Azur. J'ai vécu une vingtaine d'années à Nice, donc Cannes, Villeneuve-Loubet, Grasse, la luxueuse résidence Marina baie des Anges, Sophia Antipolis sont des lieux que je connais. Sa perception m'intéressait. Ici, dans Super-Cannes, les descriptions sont fidèles. Tant dans les couleurs que dans l'atmosphère. J'ai trouvé tout cela très authentique. Cela dit, les descriptions environnementales ne font pas un roman. Toutefois, dans ce cas précis, le choix de la Côte d'Azur était parfaitement adapté au sujet, puisque à l'instar de la mythique Silicon Valley, le luxe, l'argent, et le soleil y sont exposés en abondance. De même que son inévitable cortège de vices.


L'histoire, alors ?

À plusieurs moments de ma lecture, je me suis demandé si J. G. Ballard n'avait pas davantage à raconter. S'il ne retenait pas sa plume. Son propos. Parce qu'au fond, avec Super-Cannes,  c'est un univers extrêmement secret, qu'il évoque. Celui du très gros argent. Un peu comme Aldous Huxley nous livrait à travers son roman Le meilleur des mondes, les objectifs de la super-classe mondiale, dont lui-même et son frère Julian étaient issus et faisaient activement partie. Il est bon de rappeler au passage que ces deux-là étaient des eugénistes convaincus.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans le roman de J. G. Ballard, de l'avènement d’un Homme nouveau, différent, supérieur, lui-même générateur d'un monde nouveau.  Super-Cannes est une fiction, qui expose à travers les idées et les comportements d'une élite, ce que pourrait être une société à la merci d'un ou de quelques uns, empêtrés dans les rets du pouvoir absolu. Super-Cannes, c'est aussi un monde  où l'argent règne en despote impérieux, et qui donne à ses protagonistes l'illusion d'une infinie puissance, assortie d'une impunité qu'ils estiment aller de pair avec elle. Est-il nécessaire de préciser que l'ouvrage Super-Cannes laisse largement entrevoir notre propre monde, et que les dessous sordides de la récente affaire Epstein en sont le meilleur exemple d'illustration ?

L'action

... si elle est soutenue, elle n'est cependant pas vive. L'auteur prend son temps, comme s'il faisait en sorte que son lecteur s’imprègne tout doucement, mais pleinement de ce qui se trame à Éden-Olympia. De ce qui s'y passe réellement. Comme s'il fallait le réveiller sans brutalité, parce qu'il est un peu groggy, voyez-vous, un peu endormi, à l'instar de Paul Sinclair. Un héros qui ne va se "réveiller" qu'en toute dernière minute, propulsé hors du piège mental et chimique dans lequel il était maintenu ; non pas contre son gré, mais avec une sorte d'accord auquel il s'était soumis volontairement à travers à une manipulation mentale. Conscient, sans l'être réellement. Un peu comme nos sociétés gavées de messages subliminaux, qui ignorent jusqu'au fait qu'elles sont captives d'une matrice, et dont elles ne perçoivent que très vaguement l'existence. Conscientes, et pourtant incroyablement amorphes, ne comprenant pas que, bien plus que le viol de leur esprit, c'est celui de leur âme qu'il s'agit. Ballard cherche à emmener ses lecteurs jusque là, afin de les conduire à une salutaire prise de conscience. Et le voyage est effrayant et douloureux.

©Marguerite Rothe 2019


Ce qu'en dit l'éditeur

À l'aube du troisième millénaire, dans le sud de la France, sur les hauteurs de Cannes, le parc d'activités international Éden-Olympia - "cité de l'intelligence " et " future Silicon Valley européenne " - accueille des multinationales et leurs cadres supérieurs, attirés par la beauté du lieu et par l'impression d'efficacité et de sécurité qu'il dégage.

Résidence Marina Baie des Anges

Résidence Marina Baie des Anges

C'est dans ce cadre idyllique que Paul Sinclair accompagne, à bord de sa Jaguar millésimée, sa jeune femme médecin, Jane, sélectionnée pour remplacer le docteur David Greenwood au poste de pédiatre de la luxueuse clinique rattachée au parc. Remplacement qui se fait dans d'étranges conditions, puisque ledit docteur Greenwood a défrayé la chronique en assassinant dix personnes au cours de ce qui semble avoir été une crise de folie soudaine, avant de retourner son arme contre lui-même. Tandis que sa femme s'immerge dans un travail harassant, Sinclair, qui se remet des suites d'un accident d'avion, investit son temps libre dans l'exploration d'Éden-Olympia.


Biographie

James Graham Ballard, plus connu sous la signature de J. G. Ballard, est un écrivain de science-fiction et d'anticipation sociale britannique né le 15 novembre 1930 à Shanghai en Chine, et mort le 19 avril 2009 à Londres.
Considéré comme l'un des plus grands auteurs anglais de la fin du 20e siècle,

 

J.G. Ballard a été adapté au cinéma par Steven Spielberg (Empire du Soleil), David Cronenberg (Crash), Ben Wheatley (High-Rise)

Il écrit plusieurs livres de science-fiction post-apocalyptique, dont la trame est toujours une catastrophe naturelle qui ravage la planète, comme Sécheresse et Le Monde englouti. Il continue d'écrire également beaucoup de nouvelles.
Il devient peu à peu l'un des romanciers phares de la nouvelle vague de SF britannique aux côtés de Brian Aldiss, John Brunner et Christopher Priest, qui abordent de nouveaux thèmes en soignant particulièrement le style. Cf. notice Wikipédia


 

 

Publié dans Anticipation • SF

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