Dark Waters, 2019, un film de Todd Haynes

Publié le par Marguerite Rothe

L'affiche reflète idéalement l'ambiance de Dark Waters. Tourné avec des filtres bleutés, verts ou jaune délavés, le film de Todd Haynes est sombre et triste comme la mort.

Côté acteurs, à part la prestation d'Anne Athaway, alias Sarah Barlage-Bilott, que j'ai trouvée insipide, la performance toute en finesse des acteurs est à saluer. 

Découvrant le sujet, on a tendance à faire le parallèle avec Erin Brockovich, seule contre tous, le film de Steven Soderberg avec Julia Roberts.
Certes, les deux œuvres traitent du même sujet : la pollution à grande échelle d'une localité et la difficulté des plaignants à faire respecter les lois, et, en même temps, obtenir des réparations pour les dommages de santé qui leur ont été causés (souvent très graves). Mais la comparaison s'arrête là. Dark Waters est beaucoup plus militant que le film de Soderberg. Ici, il n'y a pas de jolie jeune femme pleine de punch qui fonce dans le tas, bille en tête. Ça serait plutôt le contraire. Dark Waters est un film "lent" (ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas captivant !) Le réalisateur prend le temps de mener son public face à l'évidence : toutes ces grandes firmes et banques sont tellement, tellement riches, que rien ni personne ne peut les faire réellement tomber. Todd Haynes tient à nous montrer combien ce fameux 1% tient les peuples à la gorge. Si immensément riches, que cela les place au-dessus de toutes les lois. Et, de facto, elles sont la « loi ».

Aussi, contrairement à la fin d'Erin Brockovich, seule contre tous, Dark Waters laisse un goût désagréable d'impuissance au fond du cerveau lorsque le film se termine. Parce que même si DuPont a fini par être condamné et qu'elle a dû verser plusieurs millions de dollars aux plaignants, le spectateur se rend compte à ce moment-là, à quel point d'esclavage nous sommes tous rendus. Peu importe les sommes astronomiques que DuPont a dû payer, tout cet argent ne représente qu'une infime fraction de ce que sont leurs possessions.  Eux ont tout et le reste du monde rien, ou si peu, que c'est tout comme. Iniquité, quand tu ne dis pas ton nom.

Comme disait l'abbé Pierre (de mémoire) « Ne croyez pas que les pauvres soient jaloux des riches. Ce n'est pas le cas. Ce qu'il leur est pénible, c'est l'injustice. »

©Marguerite Rothe

Un des très bons passages du film, quand au cours de l'importante réunion qui concerne le recours collectif (remarquez l'épaisseur des dossiers!), lorsque Tim Robbins, alias Tom Terp tape un grand coup sur la table et se met en rogne contre les associés du cabinet qui renâclent à vouloir traîner DuPont devant la justice. 
« La négligence volontaire, la corruption, voilà pourquoi les Américains détestent les avocats ! » fulmine-t-il.
La tirade est exemplaire quant au constat du délabrement de la moralité de la société américaine (et Occidentale par extension)

Marc Ruffalo, alias Robert Bilott finit par comprendre que la "victoire" contre DuPont est anecdotique.

« Le système est pourri. Ils veulent nous faire croire que le système nous protège. C'est du vent ! Nous, nous nous protégeons. Nous ! Et personne d'autre ! Pas les compagnies, pas les scientifiques, pas le gouvernement ! Nous ! Un fermier avec une douzaine d'années d'école m'a dit ça. Dès les premiers jours il le savait, et j'ai pensé qu'il était débile... »

DuPont a finalement réglé pour les 3535 plaignants la somme de 670,7 millions de dollars. Il est estimé que l'APFO est présent dans tout organisme vivant sur la planète, y compris 99 % des humains.
Aujourd'hui, grâce au travail de Rob (Bilott), il y a des mouvements croissants à travers le monde pour bannir l'APFO, et pour enquêter sur près de 600 produits chimiques qui y sont liés ; pratiquement tous non règlementés...

Conclusion incluse avant le générique de fin.

Film Dark-Waters
(de gauche à droite) Rob Bilott et Mark Ruffalo

 

Synopsis

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie...