Romans de la nuit [anthologie], Frédéric Dard

Publié le par Marguerite Rothe

Romans de la nuit de Frédéric Dard, aux éditions Omnibus (anthologie)

Cette anthologie Romans de la nuit est un vrai petit bijou !

Encore sous le charme de la découverte de Croquelune, un roman à la prose lumineuse, j’ai tenté ma chance lorsque j’ai vu que : Romans de la nuit, de Frédéric Dard était proposé dans l'opération Masse Critique « Mauvais genre ». sur Babelio. J’ai bien fait, car j’ai eu la joie d’être sélectionnée et de recevoir un peu plus tard ce gros livre de 928 pages.

En tant que néophyte de l’œuvre de Frédéric Dard, j’ai beaucoup apprécié la présentation de Dominique Jeannerod. Aucun doute : Frédéric Dard est l'un des meilleurs écrivains du siècle dernier ! Et dire que sans Croquelune, j’aurai très bien pu passer complètement à côté de cette plume incroyable ! Il faut que je précise aussi que chaque histoire est précédée d’un commentaire de Dominique Jeannerod sur le texte qui va suivre (époque, thème, contexte, et adaptation cinématographique le cas échéant, etc.), c’est un « plus » qui permet au lecteur de bien situer l’œuvre dans le temps, et, de ce fait, de mieux la comprendre. Enfin, une filmographie, une téléfilmographie et une radio-théâtrographie exhaustives sont fournies en fin d'ouvrage.

Qu’est-ce que j’ai aimé ?

Tout. Les intrigues, emberlificotées à souhait. Les personnages, modelés sans concession ; bourrés de défauts : les hommes sont soit un peu couillons, ou sans énergie, ou profiteurs, ou tendance gigolo, parfois un peu veules. Quant aux femmes, elles sont la plupart du temps de vraies garces, voire des serpents extrêmement venimeux. Très souvent dangereuses.
Les souvenirs de films qui sont remontés et qui m’ont réexpédié vite fait dans mon enfance, ça aussi, j’ai aimé. Comme j’ai aimé découvrir cette prose particulière du roman noir.  

Je ne vais pas m’étendre sur chaque texte, parce que de toute façon, tous sont excellents.

Cette mort dont tu parlais : Un homme berné, une « escroqueuse » sans morale. Un couple bâti sur un mensonge, l’illusion. Les deux protagonistes auront tout à y perdre.

C’est toi le venin : Un homme, affublé d'une âme de gigolo, mais qui s’en défend (mollement, qui plus est !) Malhonnête vis-à-vis de lui-même, il n’aura que ce qu’il mérite : une vie d’enfer avec une névrosée.

Des yeux pour pleurer : celle-là, je l’ai adorée. Les personnages sont magistralement réussis. Lui, un narcisse raté, profiteur, sans grande personnalité, et elle, la monstresse en chef, la perverse, le tyran domestique. Quelle réussite, que ce personnage ! Je répète : j’ai adoré.

Le monte-charge : l’énigme est tordue et les personnages aussi. C’est un poil tiré par les cheveux, mais ça fonctionne.

L’homme de l’avenue : J'ai trouvé la personnalité de ce colonel de l'armée américaine un peu... molle. L'intrigue de L'homme de l'avenue comporte beaucoup chausse-trappe et elle est bien ficelée. L'ambiance est plus sombre que noire. Cette histoire et La Pelouse, sont les seules où les héros se dépêtrent d'une situation désespérée. 

La pelouse : Jusqu'à la presque fin, je me demandais comment Dard allait sortir son personnage du pétrin dans lequel ce dernier s'était soigneusement embourbé. Ici, l'homme est un indécis, nanti d'une personnalité sans envergure et très centré sur sa petite personne. Le Maître allait-il le condamner au trépas ou non ?

« Le roi des pigeons ! Ivanhoé 1er était-il cocu ! Je me sentais au bout de la société, dans des limbes fumeux où se groupaient en un troupeau frileux tous les pauvres types de mon espèce. Idéaliste berné ! Héro ridiculisé ! Amant bafoué ! » (p. 695) 

Spoiler:
Non, puisque finalement, il sera sauvé par son amante en titre.

Très bon suspens. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère so «Great Britain».

Une seconde de toute beauté : Sur un fond de tragédie antique, Une seconde de toute beauté est la fiction de cette compilation des Romans de la nuit qui, en terme de qualité littéraire, se rapproche le plus de Croquelune ; il doit y avoir bien d'autres œuvres du maître avec lesquelles la comparaison pourrait être faite, mais comme je découvre tout juste Frédéric Dard, je ne peux parler que de ce que je connais. Constat qui ne m'interdit pas de dire qu'Une seconde de toute beauté est une magnifique perle noire, tant du point de vue de l'intemporalité de son sujet, que de l'intrigue conduite à la perfection (comme apprenti écrivain, j'ai beaucoup appris à la lecture de cette anthologie !)

Spoiler:
Le suicide est souvent la seule issue que trouvent les maniaco-dépressifs pour échapper à leur souffrance intérieure. Et même s'il se trouve dans le cas d'Hélèna que c'est Clémentine, sa soeur, qui a appuyé sur la détente de l'arme, on peut tabler qu'à l'instant du drame il y a eu un accord tacite entre elles, car au fond, toutes deux étaient très proches.

 

Une observation d’ordre pratique

Pour les lecteurs qui ont une mauvaise vue et les poignets un peu faiblards (qui sont un peu vieux comme moi, quoi !) une version électronique serait idéale. Adieu, la minuscule police d’écriture ! Adieu, les 950 grammes au bout des bras !

Remerciements

Aux éditions Omnibus :
pour l'envoi de ce gros livre que j'ai lu avec très grand plaisir.
et au site Babelio :
j'ai adoré participer à l'action Masse critique «Mauvais genre»

Quatrième de couverture

Ce sont des hommes seuls, arrivés à un tournant de leur vie. Chacun va être entraîné, par amour ou compassion, dans une histoire qui le dépassera et qui prendra la forme d'un piège à la mécanique implacable, jusqu'à le broyer.
En marge des aventures truculentes et débridées du commissaire San-Antonio, Frédéric Dard signa des suspenses psychologiques à l'atmosphère sombre, inquiétante, que lui-même appelait ses " Romans de la nuit ".
Cette anthologie regroupe les titres les plus forts de cette œuvre originale qui montrent, si besoin en était, l'immense écrivain que fut Frédéric Dard.

Préface et notices de Dominique Jeannerod
Filmographie établie par Jacques Baudou

Broché : 928 pages ·  Éditeur : Omnibus (6 février 2014)  ·  ISBN-13 : 978-2258107922 · 928 pages · Prix de vente : 26 euros.

Biographie

Frédéric Dard est né en 1921 à Bourguoin-Jallieu (Isère). Il commence sa carrière à Lyon pendant la guerre, en publiant à la fois des textes de pure littérature (La Crève) et des romans policiers sous différents pseudonymes. Monté à Paris en 1949, il se partage entre le théâtre et des scénarios de films inspirés pour la plupart des excellents romans noirs (Toi, le venin, Les Scélérats ou Le Monte-charge) qu'il écrit en parallèle des San-Antonio. On lui doit également des œuvres très remarquées par la critique comme Y a-t-il un Français dans la salle ? et La Vieille qui marchait dans la mer, portés à l'écran avec succès. Il est décédé en Suisse le 6 juin 2000

 

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