Aqua™, un roman d'anticipation de Jean-Marc Ligny

Publié le par Marguerite Rothe

Aqua, roman d'anticipation de Jean-Marc Ligny au éditions de l'Atalante

Roman d'anticipation mâtiné de fantastique à la mode burkinabé. Aqua™, de Jean-Marc Ligny démarre fort : deux camions-citernes roulent à 140 km/h, en pleine tempête,  sur la digue de l'Afsluitdijk, aux Pays-Bas. Les deux conducteurs ont une mission précise : pulvériser la digue avec leurs engins bourrés de produits chimiques, dont le mélange, lorsqu’il explose, ouvre les portes de l'enfer.

Le chapitre s'appelle : Apocalypse. Garanti, après ça, vous ne lâchez plus l'histoire.

« Le pilote fonce jusqu’au bout du parking, presse le bouton de la télécommande et donne un coup de volant sec à droite.

— À Dieu vat ! hurle-t-il tandis que le Volvo quitte la chaussée, défonce la rambarde de sécurité, arrache le grillage, dévale le remblai de pierre et s’abîme dans la mer déchaînée. À quatre cents mètres en arrière, l’autre poids lourd fait de même.

Dix secondes plus tard, c’est l’apocalypse.

Les citernes ne sont pas remplies de GPL, mais de vingt tonnes de vapeurs de mercure, d’argon et de krypton confinées à haute pression dans une enveloppe composite (époxy aux nanotubes de carbone, Kevlar et Téflon), elle-même enrobée par le cylindre d’acier. Celui-ci contient en outre deux super-magnétrons, placés de part et d’autre de l’enveloppe et alimentés par la pile à hydrogène du camion. La télécommande, enclenchée par le pilote juste avant son suicide, est réglée sur la profondeur de l’eau au pied de la digue. Elle active les magnétrons sitôt que les camions touchent le fond. Le bombardement d’électrons ionise les gaz, qui se transforment en plasma et montent à une température de 3 500 °C. En cinq secondes, le plasma franchit son seuil critique, devient instable et explose, générant une boule de feu à 10 000 °C. »

BOOM...

Il y a deux personnages principaux, puis toute une kyrielle de primo-secondaires et de secondo-secondaires qui gravitent autour d'eux. Même ceux qui ne font que de la figuration sont soignés. Tous sont épatants et vraiment bien croqués.

On part donc des Pays-Bas, en compagnie d'un gars, genre "viking", qui vient strictement de tout perdre : le plus précieux : sa femme et sa fille  ; et l'utile : plus de maison, plus rien, le dénuement total. L'auteur va lui faire mener quelques aventures plutôt salées (initiatiques, elles lui serviront pour le futur) ; d'abord dans un camp de réfugiés, puis au sein d'un groupe de fanatiques qu'il intègre pour échapper à la misère du camp.  Autrement dit, il abandonne un seau de purin pour un autre seau de purin.

Le deuxième personnage, c'est une jolie fille de trente ans qui galère en France, à Saint-Malo. Là où elle habite, l'eau qui gagne de plus en plus de terrain rend la vie collante et grise. Déprimée, son amoureux disparu, elle ne sait pas quoi faire de sa vie. Travailleuse dans l'humanitaire, quand Markus Schumacher, le big boss de l'ONG SOS-Europe, lui propose de conduire un camion jusqu'en Afrique, au Burkina-Fasso, elle accepte. De toute façon, elle n'a pas le choix (Markus Schumacher est un enfoiré).

Rudy et Laurie. Ces deux-là vont se rencontrer, le lecteur s'y attend. Mais ce à quoi il ne s'attend pas, c'est le voyage incroyable, épique, que ces deux-là vont faire ensemble. C'est bourré d'aventures, de rebondissements (bien pensés, et bien orchestrés), de rencontres.

La lecture d'Aqua™ est stimulante ; l'auteur a du savoir-faire, de l'imagination et de la culture, un trio gagnant pour fabriquer un roman addictif, intelligent et humain.

Le seul bémol, d'ordre pratique, c'est la présentation des épigraphes en début des chapitres ; je ne sais pas si c'est le cas pour l’édition papier, mais dans l'édition électronique, le texte mis par trop en retrait aboutit à une étroite colonne, ce qui rend la lecture inconfortable.

©Marguerite Rothe

Publié dans Anticipation • SF

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