Le journal de ma disparition, un polar de Camilla Grebe

Publié le par Marguerite Rothe

J'ai découvert Camilla Grebe à travers Moscou Noir, une série télévisée réalisée par Mikael Haftröm. (mini série que je recommande chaudement à tous les amateurs de bonnes fictions d'espionnage) Plus que séduite, j'ai entrepris la lecture de son premier roman traduit en français Un cri sous la glace. Une fiction dont la trame, soit dit en passant, a allumé la convoitise de nombreux studios et qui se sont disputés  l'achat des droits pendant plusieurs mois. C’est STX qui finalement a emporté le morceau. Reste à voir ce que Hollywood fera de cet excellent roman. Voilà, ce petit exposé pour dire combien cet auteur vaut le détour.

J'ai tout naturellement poursuivi ma découverte avec Le journal de ma disparition. Si l'on excepte la note de fin de l'auteur dans laquelle elle "explique" le personnage xénophobe de Malin ; personnage dont elle expose au demeurant et assez justement les motivations de son comportement. Cette note, qui sonne comme une justification, manque sa cible et fait au contraire l'effet d'une petite leçon de morale.

« Tu aurais pu être celle qui fuit la guerre et la famine, dit Andreas à Malin.»

Bien évidemment. Trois choses, cependant :

  1. Un auteur n'a pas à se justifier de ce qu'il écrit.
  2. Un auteur doit faire confiance à l'intelligence de ses lecteurs.
  3. Ne pas désigner les coupables, ne pas dire clairement que c'est la clique mondialiste qui est la coupable, ça, c'est malhonnête. Ne pas pointer le fléau de l'idéologie mondialiste, ça, c'est malhonnête. Ne pas exposer le fait que les victimes de cette idéologie mortifère sont autant les populations déplacées que les peuples autochtones qui les "accueillent", contraints et forcés. Il n'y a bien que les nantis pour s'offusquer et de blâmer une attitude qui découle tout simplement de l'instinct de survie. Voilà à peine effleuré le vrai sujet.

Ceci posé, ce roman est un plaisir de lecture. On y retrouve les deux principaux héros d'Un cri sous la glace. Et, le plus qu'on puisse dire, c'est que ça se passe mal pour eux deux. Comme dans Un cri sous la glace, les portraits psychologiques sont ciselés (quoique cette fois, je n'ai pas retrouvé la maestria dont avait fait preuve l'auteur dans la création du personnage d'Emma ; création que je trouve assez exceptionnelle).

C'est le second livre que je lis de Camilla Grebe, et j'ai de nouveau relevé l'élégance et la précision de son style ; ce qui me fait songer qu'indubitablement, il y a  un travail de traduction de qualité à l'arrière-plan.

Trouver aujourd'hui de très bons polars contemporains tient de la gageure. Soit les auteurs nous proposent des flics dépressifs, soit alcooliques, soit arrogants, et parfois tout ça en même temps, que c'en est désespérant de platitude. Que l'on dépouille ces intrigues de leur violence systématique, du sanguinolent obligé, de l'horreur et du sadisme forcé, et des immanquables séances de sexe à répétition, et ce sont des coquilles creuses que l'on découvre. Camilla Grebe, elle, apporte la preuve qu'il est possible d'écrire des fictions finement architecturées, extrêmement sombres et très élaborées psychologiquement, sans avoir recours à tous ces artifices qui pallient chez certains un défaut d'intelligence créatrice.

©Marguerite Rothe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :