Charnier de Paris-Descartes : les futurs donneurs (ceux d'avant 2009) vont être remboursés

Publié le par Marguerite Rothe

©Anonyme

Grosse surprise ce matin en jetant un œil sur les actus Google. BFM titrait :

SCANDALE DU CHARNIER DE PARIS-DESCARTES: LES FUTURS DONNEURS VONT ÊTRE REMBOURSÉS

J’ai eu un instant de flottement, puis je me suis ressaisie et j'ai lu l’article. Voilà ce que disait le journaliste :

« Les personnes qui souhaitaient donner leur corps à la science vont être remboursées par le Centre du don des corps (CDC) de l'Université Paris-Descartes, visé, en novembre 2019, par un scandale concernant les conditions dans lesquelles étaient préservées les dépouilles.

« Presque un an après la révélation d'un scandale visant le Centre du don des corps (CDC) [ce lien est de mon fait] de l’Université Paris-Descartes, ce dernier va rembourser les Franciliens qui avaient acheté une carte de don et qui souhaitaient donner leur corps à la science, révèle ce dimanche Le Parisien.

Il s'agit des futurs donneurs qui avaient acheté leur carte avant 2009, cette dernière étant ensuite devenue gratuite. Ils seront crédités de 200 euros. L'information a été confirmée au quotidien par le porte-parole de l'Université de Paris, qui englobe Paris-Descartes depuis 2020.

Le 27 novembre 2019, le journal L'Express avait révélé que le Centre du don des corps à la science de l'Université Paris-Descartes accueillait des milliers de dépouilles dans des conditions éthiques et sanitaires indignes: locaux vétustes, dépouilles putréfiées, présence de rongeurs...

Une affaire judiciaire a été ouverte pour "atteinte à l'intégrité du cadavre" en juillet 2020 et confiée à des juges d'instruction. Plus de 80 plaintes avaient été déposées par les familles de victimes cet été pour "atteinte au respect dû aux morts" auprès du pôle santé du parquet de Paris. »

La vidéo qui accompagne l’article évoque les faits d’un ton sirupeux en utilisant soigneusement le conditionnel. Or, il se trouve que tout ce qui est reproché au CDC est factuel, et qu’il y a des rapports et des photos qui existent !

 

Mais ce n’est pas cela qui m’a fait bondir. Dans mon article du 7 octobre 2020 : Le veau d’or : du sacré à l’avilissement, je m’étonnais que :

«  Des corps qui ont été offerts, généreusement donnés par solidarité... [...] l'Agence de la Biomédecine nous explique que : « La loi interdit toute rémunération en contrepartie de ce don. » ; donc, parce que la loi n'en parle pas, ces mêmes corps peuvent faire l'objet de transactions financières après avoir été réceptionnés au CDC ? »

Et voilà que le 11 octobre, BFM explique à ses lecteurs que les futurs donneurs qui avaient acheté leur carte avant 2009 allaient être remboursés. Une carte ? Quelle carte ? La loi n’a-t-elle pas toujours interdit de faire commerce avec les corps donnés à la science ? Gratuit ? Pas gratuit ? Alors quoi ?

Clic-image pour accéder au site
Après recherches (notez au passage que ce n'est pas au lecteur de faire les recherches de base, mais à celui qui se dit journaliste de les faire), il s’agit de la carte que le donneur doit avoir en permanence sur lui (pour que son corps soit conduit à la faculté de médecine de son choix)

 

Clic-image pour accéder au site

Synthèse :

  • Vous donnez, vous offrez votre corps à la science, et c’est un geste désintéressé.
  • En échange, vous deviez payer pour avoir la possibilité de faire ce don, c’est la fameuse carte d’avant 2009.
  • Vous payez encore pour l’acheminement de votre corps vers la faculté ; ce qui peut potentiellement vous coûter très cher (voir la capture-écran ci-dessus)
  • Enfin, le CDC, pour rentrer dans ses frais^^, s'autorise la revente de votre corps à des sociétés privées, et ce, à la découpe ou entier selon le principe de l'offre et de la demande. Question : est-ce que les donateurs sont avisés de cela ?

Témoignages d'enfants, de parents, qui ont été trompés par le CDC de l'université Paris-Descartes.

 

Voilà comment systématiquement le public est informé. Mal, ou à moitié, selon l'agenda du pouvoir en place, sans oublier les susceptibilités à ménager. Et cela, que les faits soient anodins ou graves. En bref, la devise journalistique du siècle : « La merde pue, évitons de la remuer. » Aujourd'hui, ne demandez plus à la grande majorité des journalistes (ceux qui travaillent pour l'oligarchie financière) de mettre en évidence les incohérences. Comme ici, en l’occurrence, la revente de corps ou de morceaux de corps généreusement donnés pour la recherche scientifique. Commerce dont on ne peut savoir facilement si celui-ci est réglementé ou non par un quelconque texte de loi. Vous cherchez des réponses ? Allez donc vous perdre dans les méandres d'Internet. L'aigrefin fait toujours le nécessaire pour embrouiller l'esprit de ses dupes. Quant à ce remboursement intempestif de cartes délivrées avant 2009 (onze ans !), il ne fait pas de doute que la manipulation a pour mission de calmer les esprits, et de détourner l'attention du public de cet énorme scandale sanitaire et éthique. Scandale qui pourrait bien entrer en collision avec celui de l'INSERMGate, qui semble se profiler à l'horizon (affaire à suivre).

©Marguerite Rothe

Publié dans Revue de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :