Effondrement, un essai de Jared Diamond

Publié le par Marguerite Rothe

Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie

Nul besoin d'être sociologue, ethnologue, anthropologue, archéologue, etc., pour lire l'essai de Jared M. Diamond, votre curiosité suffira amplement pour s'attaquer aux 880 pages d'Effondrement. Ouvrage de vulgarisation de qualité, cet essai propose aux lecteurs de découvrir des sociétés qui ont vécu et prospéré au cours de passés lointains, puis qui se sont éteintes, ou ont survécu. Car contrairement à ce que pourrait donner à imaginer la couverture de l'éditeur, cet ouvrage ne traite pas uniquement de l’île de Pâques (Rapa Nui). Au contraire, Effondrement s'intéresse à plusieurs civilisations (illustres pour certaines) dont il ne subsiste que quelques vestiges énigmatiques. 🗿 L'auteur entraîne son lecteur un peu partout sur la planète. Partout, là où les Hommes ont migré, toujours en quête de cieux plus cléments pour établir leurs pénates.

Pour Jared Diamond, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dans le fait que certaines sociétés ont perduré, tandis que d'autres se sont éteintes. Essentiellement, il y a : la géographie, la climatologie, les conflits interraciaux, la gestion de l'environnement, et la démographie. Tous ces facteurs pouvant survenir séparément ou se combiner entre eux, et ce, à des degrés plus ou moins élevés.

"La dernière raison d’espérer est l’interconnexion même du monde contemporain globalisé. Les sociétés du passé n’avaient ni archéologues ni médias d’information. Les habitants de l’île de Pâques qui étaient occupés à déboiser les collines de leur île surpeuplée pour créer des plantations agricoles dans les années 1400 n’avaient aucun moyen de savoir qu’à des milliers de kilomètres vers l’est et vers l’ouest, à la même époque, la société norvégienne du Groenland et l’Empire khmer entraient simultanément en déclin, ni que les Anasazis s’étaient effondrés quelques siècles plus tôt, à l’instar de la société maya classique ou de la Grèce Mycénienne deux mille ans auparavant. Aujourd’hui, le flux d’informations nous apprend en temps réel ce qui advient partout dans le reste du monde. Par ailleurs, nous accumulons des connaissances sur l’effondrement des sociétés d’autrefois afin de tirer un bénéfice concret de ce savoir. Cette intelligence du temps et de l’espace d’hier à aujourd’hui, c’est notre chance, dont aucune société passée n’a bénéficié à un tel degré. J’ai écrit ce livre avec l’espoir de contribuer à ce qu’un nombre suffisant de contemporains saisissent cette chance et fassent la différence."

Les chapitres

CHAPITRE 2 - Crépuscule sur l’île de Pâques. CHAPITRE 3 - Les derniers survivants : les îles de Pitcairn et d’Henderson. CHAPITRE 4 - Les Anciens : les Anasazis et leurs voisins. CHAPITRE 5 - Les effondrements des Mayas. CHAPITRE 6 - Les Vikings : prélude et fugues. CHAPITRE 7 - L’apogée de la société viking du Groenland. CHAPITRE 8 - La disparition de la société viking du Groenland. CHAPITRE 9 - Comment les sociétés assurent-elles leur pérennité ? Deux approches divergentes. CHAPITRE 10 - Malthus en Afrique : le génocide du Rwanda. CHAPITRE 11 - Une île, deux peuples, deux histoires : la République dominicaine et Haïti. CHAPITRE 12 - La Chine qui titube. CHAPITRE 13 - L’Australie « minière ». CHAPITRE 14 - Pourquoi certaines sociétés prennent-elles des décisions  catastrophiques ? CHAPITRE 15 - La grande entreprise et l’environnement : situations différentes, résultats différents.

Pour une meilleure compréhension du texte, les cartes suivantes figurent en fin d'ouvrage :

Le Pacifique Sud – L’Amérique du Nord – Afrique / Asie – Le Montana – L’île de Pâques et son environnement – Les îles Pitcairn – Les sites anasazis – Les Vikings – Haïti et la République dominicaine – Chine – Australie – Problèmes politiques dans le monde – Problèmes environnementaux. (toutes bien visibles sur le format broché, elles le sont moins en poche et format électronique).

Les hommes du passé ont été capables d’exploits techniques, mais aussi de vivre en paix. En effet, les fouilles de deux sites antiques datés de plus de 4500 ans démontrent l’absence d’enceinte de protection, d’armes de combat, et plus largement, de conflits humain. Il s’agit de la cité de Caral au Pérou et de celle de Mohenjo-Daro au Pakistan. Ces deux exemples contredisent toutes les théories selon lesquelles l'être homme ne peut éviter de se faire la guerre pour toutes les raisons que l'on sait. Les découvertes archéologiques sont formelles, la cité de Caral à duré au moins 1000 ans sans conflit. Un fait qui laisse songeur.

Vestiges de la cité de Caral au Pérou.

Sur le blogue de Gaïa merveille, un topo et des illustrations intéressants à propos du site de la cité de Caral.

Représentation trouvée sur le site Imgur.com (cliquez sur l'image)

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En ce qui me concerne, je pense que rien ne peut arrêter la folie des hommes, si ce n'est leur propre folie. Et si pour des raisons d'une gestion malheureuse de leur environnement certaines civilisations ont provoqué leur disparition, celles-ci se trouvaient toutes éloignées les unes des autres (pour la plupart d'entre elles). Ce qui n'est pas notre cas. Aujourd'hui, au 21e siècle, notre monde économique est organisé à la manière d'une cascade de dominos. Qu'il en tombe un, et le reste de la construction tombera à sa suite. C'est mathématique.
Or, pour Jared Diamond, grâce à "l’interconnexion même du monde contemporain globalisé", cela représente une chance pour nous d'échapper à l'effondrement.
En fait, Monsieur Diamond explique exactement le contraire quand il nous parle des Pascuans, par exemple. Une fois les richesses de leur île épuisées, les savoirs perdus (quitter l'île en partant sur les flots), ils n'ont pu qu'aller doucement vers l'extinction. La différence entre les Pascuans et les terriens globalisés d'aujourd'hui, c'est la taille du territoire. Notre monde pourrait effectivement s'effondrer, justement parce que tout est interconnecté.

Livre refermé, mon ressentit général a été que j'ai apprécié Effondrement, notamment les huit premiers chapitres, ainsi que le chapitre 11, qui concerne l'île d'Hispaniola, avec ses deux peuples et ses deux histoires : la République dominicaine et Haïti. J'ai aimé découvrir les noms de civilisations disparues dont j'ignorais totalement l'existence. En tant que néophyte, les études et les enquêtes m'ont semblé amples et sérieuses. Certaines des déductions et extrapolations de l'auteur ne m'ont pas convaincue ; mais comme lorsqu'on fait la lecture d'un essai, en ce cas, il tient à chacun de forger ses propres opinions sur le sujet. Pour ma part, je n'éprouve aucun regret, la lecture de ces 880 pages a été passionnante !

©Marguerite Rothe


Cartographie

Grande comme un confetti, l'île de Pâques est perdue au milieu du Pacifique à environ 4000 kilomètres des côtes chiliennes.

La présence d'un promeneur tout en bas de la photo donne une idée claire de la taille de ces impressionantes statues (Moai)

"Les célèbres statues de pierre de Rapa Nui ont été conçues avec des outils qui indiquent un degré de complexité surprenant au sein de cette mystérieuse société antique ":  Un article Dale Simpson, JR.

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Magazines

Kadath nº64

 

Kadath, chroniques des civilisations disparues nº 64 | Été 1987

Dossier sur la statuaire de l’île de Pâques : Des statues qui en disent long - Examen critique de la statuaire pascuane - Les statues de l’île de pâques avaient un nom - Pré-inventaire des statues pascuanes -  Cartes - Tablettes - Bibliographie - Plans encartés.

Kadath, chroniques des civilisations disparues nº 13 | mai/juin/juillet 1973

Rencontre avec un paysan auvergnat - Et Abraham créa Israël - La carte du Vinland est-elle un faux ? - Races extracontinentales en mésoamérique - Notre cahier sciences appliquées - Le dodécaèdre : mesureur d’angle ?  - Le disque pî : jade astronomique - Post-scriptum : île de pâques, mégalithes.
 

Ces deux revues sont téléchargeables gratuitement ci-dessous

Dimensions !

"Que découvre-t-on lorsqu'on décide de faire des mesures de l’île de Pâques avec Googlemaps, Openrunner ou Google Earth ? On découvre sur cette terre de forme triangulaire qu’il y a 3 volcans remarquables (une métaphore de 3 pyramides ?) placés à chaque pointe de l’île. Les 2 volcans situés : l’un au sud-ouest, l’autre au sud-est, et le dernier au nord-est, est aussi le point le plus haut de l’île avec ces 507 ou 508 m selon les sources."

(dérouler vers le bas de la page)

Site de Quentin Leplat : Message de la nuit des temps

Bien, laissons l'île de Pâques et son attrait profondément mystérieux pour nous intéresser en coup de vent aux Vikings (vous laissant découvrir par vous-mêmes toutes les autres civilisations disparues (connues à ce jour) recensées par Jared Diamond dans son essai Effondrement.

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Les vikings

 

La découverte de l'Amérique par les Vikings et les recherches archéologiques.

La revue Kadath nº13 téléchargeable gratuitement (un peu plus haut), contient une carte et un article très intéressant sur la carte du Vinland.

Une vidéo de 38:35 minutes commentée par Richard Fremder • La saga des Vikings, un podcast d'Herodote | net.


Quatrième de couverture

Effondrement, un essai de Jarod Diamond, éditions folio

Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l'augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain? La réponse se construit à partir d'un tour du monde dans l'espace et dans le temps - depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d'Henderson ; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis ; les sociétés moche et inca ; les colonies vikings du Groenland) jusqu'aux sociétés fragilisées d'aujourd'hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l'Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tikopia et le Japon de l'ère Tokugawa). De cette étude comparée, et sans pareille, Jared Diamond conclut qu'il n'existe aucun cas dans lequel l'effondrement d'une société ne serait attribuable qu'aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de cinq, entrent toujours potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. Cette complexité des facteurs permet de croire qu'il n'y a rien d'inéluctable aujourd'hui dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l'environnement.

Format poche : 880 pages - Éditeur : Folio - ISBN-13: 978-2070364305 - Prix  : 13,80 euros


Publié dans Essais, Société, Dossiers

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