Floupette ? Adoré Floupette, dites-vous ? (poésie)

Publié le par Marguerite Rothe

Arnold Boecklin • L'île des morts, 1883 • Troisième tableau de la série

Ici, sous le pseudonyme d'Adoré Floupette, deux amis pastichent le décadentisme. C'est fin, brillant, et drôle, incroyablement moderne, et c'est à découvrir. Les mots sont nourriture. Toujours l'âme en redemande, surtout ceux de la poésie. Régalez-vous !

©Marguerite Rothe

Les déliquescences, d'Adoré Floupette

PRÉFACE

Et tout les reste est littérature

(Paul Verlaine)

« En une mer, tendrement folle, alliciante et berceuse combien ? de menues exquisités s’irradie et s’irrise la fantaisie du présent Aède.

Libre à la plèbe littéraire, adoratrice du banal déjà vu, de nazillotter à loisir son grossier ron-ron. Ceux-là en effet qui somnolent en l’idéal béat d’autrefois, à tout jamais exilés des multicolores nuances du rêve auroral, il les faut déplorer et abandonner à leur ânerie séculaire, non sans quelque haussement d’épaules et mépris. Mais l’Initié épris de la bonne chanson bleue et grise, d’un gris si bleu et d’un bleu si gris, si vaguement obscure et pourtant si claire, le melliflu décadent dont l’intime perversité, comme une vierge enfouie emmi la boue, confine au miracle, celui-là saura bien, – on suppose –, où rafraîchir l’or immaculé de ses Dolences. Qu’il vienne et regarde. C’est avec, sur un rien de lait, un peu, oh très peu de rose, la verte à peine phosphorescence des nuits opâlines, c’est les limbes de la conceptualité, l’âme sans gouvernail vaguant, sous l’éther astral, en des terres de rêve, et puis, ainsi qu’une barque trouée, délicieusement fluant toute, dégoulinant, faisant ploc ploc, vidée goutte par goutte au gouffre innomé ; c’est la très douce et très chère musique des cœurs à demi décomposés, l’agonie de la lune, le divin, l’exquis émiettement des soleils perdus. Oh ! combien suave et calin, ce : bonsoir, m’en vais, l’ultime farewel de tout l’être en déliquescence, fondu, subtilisé, vaporisé en caresse infinie des choses ! Combien épuisé cet Angelus de Minuit aux désolées tintinnabulances, combien adorable cette mort de tout !

Et maintenant, angoissé lecteur, voici s’ouvrir la maison de miséricorde, le refuge dernier, la basilique parfumée d’ylang-ylang et d’oponax, le mauvais lieu saturé d’encens.

Avance, frère ; fais tes dévotions. »

Les énervés de Jumièges

Illustration©Hulya Ozdemir

Les Déliquescences • Adoré Floupette • BNF Gallica

Young GILELS interprète Le rappel des oiseaux, de J.-Ph. RAMEAU • Merveilleuse légèreté...

Publié dans Poésie, Les Arts

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :