Le cercle, de Dave Eggers

Publié le par Marguerite Rothe

un roman d'anticipation de Dave Eggers

Il y a quelque temps, je suis tombée par hasard sur la bande-annonce du film de James Ponsoldt, The circle (réalisé d'après le roman éponyme de Dave Eggers), avec Tom Hanks et Emma Watson.

Cette bande-annonce n'a eu besoin que de 2 minutes et 14 secondes pour accrocher ma curiosité. J'ai immédiatement été attirée par le thème : les nouvelles technologies de l'information, avec en second plan la problématique des réseaux sociaux. Emballée par le sujet,  j'ai acheté le livre. Et c'est donc de lui que je vais vous parler.

Tout commence merveilleusement bien pour Mae. Travailler au Cercle, elle en rêvait, mais c'était tout ce qu'elle faisait : en rêver. Jusqu'au jour où, grâce à son amie Annie, elle intègre la prestigieuse entreprise. Voilà. Le lecteur entre dans cette histoire, comme ça, très simplement. Le Cercle est un endroit idyllique pour travailler. Les boss, les employés, tout le monde est fantastique. Et puis, il y a cette merveilleuse technologie qui va sauver les Hommes, le monde... Mais... Mais... Mais... Comme chacun sait, l'enfer est pavé de bonnes intentions. C’est exactement ce que j’ai pensé en arrivant à la fin de l'histoire ; l'expression était parfaite pour donner l'idée générale du livre.

Le Cercle, roman de dave eggers

« Savoir c'est bien, mais tout savoir, c'est mieux. » Toute la mécanique de développement du Cercle repose sur ce concept. Et Mae va y adhérer à mille pour cent. Tout partager, ne plus rien cacher. Parce que « partager c'est aimer ; garder pour soi, c’est voler. » Et au nom de ces recommandations récitées comme des mantras, tout doit être vu, entendu, et su par tous. Car le monde doit devenir parfait. Le lecteur comprend tout de suite de quoi il retourne. Et, jusqu'à l'ultime fin du livre, il va attendre, souhaiter de tout cœur que Mae soit touchée par la lucidité. L'auteur ne le permettra qu'à deux ou trois reprises. Autorisant à son héroïne de faibles lueurs palpitantes d'espoir. Des incartades réflexives très brèves. Mais chaque fois la confiance de Mae va revenir au Cercle. De nouveau et toujours consentante, partante. Animée d’une foi inébranlable. Elle veut absolument être l'un des maillons dans la révolution qui se prépare. Malgré les conséquences qui s'enchaînent, de plus en plus dramatiques. Inexorablement happée par une mécanique d'attraction infiniment puissante.

Le cercle, qui est à peine un roman d'anticipation, est un moment de lecture brillant et profond. Intense, aussi. Dave Eggers décrit très finement l'emprise de l'Internet et des réseaux sociaux sur l'humain, et de l'addiction qui peut en découler. Addiction qui peut être aussi provoquée par de la manipulation mentale occulte (dans le sens d'invisible). Edward Bernays explique bien cela, dans son livre Propaganda.

Dave Eggers nous offre des passages où il décrit tellement bien le mécanisme de prise de possession de l'individu, qu'on arrive à en avoir le vertige. Des haut-le-cœur. Du bel art.

©Marguerite Rothe

Le film est gentillet, mais expose à minima le message d'alerte de prise de conscience vis-à-vis des technologies qui sont toujours plus intrusives dans nos vies ; ce que formule brillamment Dave Eggers dans son roman.

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