Le promeneur d'oiseau (夜莺), un film de Philippe Muyl

Publié le par Marguerite Rothe

Zhigen (Baotian Li), afin de tenir la promesse faite à sa femme, décide de retourner dans son village natal pour y libérer son oiseau huamei*, unique compagnon de ses vieilles années. Il va faire le voyage de Pékin à Yangshuo, avec Renxing (Yang Xin Yi), sa petite-fille, jeune citadine gâtée contrainte de partir avec lui. Ces deux êtres que tout sépare vont se dévoiler l’un à l’autre, partager des souvenirs et des aventures.

Poésie, tendresse, voyage... Voilà trois petits mots qui arrivent et restent dans mon esprit à propos du film Le promeneur d'oiseau de Philippe Muyl. Film que j'ai revu récemment avec un grand plaisir.

Vous l'aurez compris, Le promeneur d'oiseau est à voir en famille : Papa, Maman, Pimprenelle, Nicolas, Papi, Mamie... Sinon en couple ou seul. Dans tous les cas, vous passerez un bon moment. Sauf si vous vous attendez à voir un film documentaire. Parce qu'avec Le promeneur d'oiseau, vous ne verrez pas la Chine industrialisée, polluée, ni ses mégapoles surpeuplées. Au contraire, presque intimiste, ce film ressemble davantage à une potion de bien-être pour se prémunir de la rudesse du monde. Rappelez-vous :  Poésie, tendresse, voyage...

Oui, il y a beaucoup de tendresse dans cette histoire de grand-père à l'air fatigué et peu causant, et de cette petite fille juste assez désagréable pour qu'on n'ait pas envie de l'aimer, au point qu'il suffirait un poil de plus dans l'arrogance pour que la détestation s'en mêle. Or, il se trouve que le grand-père, bien qu'il soit peu loquace et souple comme une bonne pâte à pain, a un tempérament bien trempé et sait se faire respecter...  tout en douceur ; et que la petite fille n'est au fond qu'une enfant plus ou moins délaissée par des parents trop préoccupés par leurs carrières. Une nounou à demeure et et des gadgets technologiques faisant office de présence parentale. À bien y regarder, je me dis que les enfants d'aujourd'hui font l'expérience de la solitude de la vieillesse bien précocement. C'est, pour une part, ce délaissement social  qui va rapprocher Zhigen et Renxing.

L'atmosphère de complicité qui s'installe à mesure que le voyage progresse est touchante, sans être mièvre. L'un apprivoisant l'autre sans s'en rendre compte ou si peu. Le jeu des acteurs, notamment celui de Baotian Li, est très juste tout au long du film. Grâce aux acteurs non professionnels qui jouent leurs propres rôles, il y a aussi une belle touche d’authenticité dans toute la partie "campagne" du film. Enfin, il y a l'oiseau qui, d'une certaine manière, fait le lien entre eux deux. Un lien tangible, mais aussi un lien spirituel. Car dans de nombreuses cultures, l'oiseau relie symboliquement le ciel et la terre. Dans les rêves, il représente l'âme. L'esprit.

Et puis il y a ce voyage. Tourné dans les bourgades montagneuses du Guangxi, à l'extrême sud de la Chine, les paysages du film sont à couper le souffle de beauté. Les ondulations des rizières en terrasse, qui dégoulinent éclatantes de verdeur, semblables à de gros gâteaux de gelée vert émeraude captent le regard. Les forêts de bambous, la végétation et la flore subtropicale, tout aussi verte et luxuriante, fascinent elles aussi. Ce sont des paysages dont on se dit en les regardant, qu'ils sont sûrement l'antichambre d'un paradis. C'est le côté purement magique du cinéma : nous faire voyager sans bouger d'un demi centimètre de l'endroit où l'on se trouve.

Avec Le promeneur d'oiseau, Philippe Muyl nous livre un film à la réalisation soignée et photographiquement fidèle à la réalité. Du beau travail d'artisan, reconnu par deux nominations au 15e Festival du film asiatique de Deauville.

©Écriture, juin 2017

 

Bande-annonce (VF) ici                     Bande-annonce (VO) ici

 

affiche du film le promeneur d'oiseau de philippe muyl
LE PROMENEUR D'OISEAU a été nominé deux fois dans les catégories :
"Film de clôture" et "Hors-compétition"

huamei *
 
Le Garrulaxe hoamy est une espèce de passereau de la famille des Leiothrichidae. Son nom vient du chinois (pinyin huà méi, qui signifie mot-à-mot « sourcils peints »)

 
 
 
 
 

 

 
 
 
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