Le temps d'un soupir, de Anne Philipe

Publié le par Marguerite Rothe

Anne et Gérard Philipe

Depuis le temps où j'ai su lire jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais cessé de m'étonner des cadeaux que me faisait la littérature. Des rencontres qu'elle provoque. En l’occurrence, je pense ici au merveilleux texte d'Anne Philipe, Le temps d'un soupir. Une découverte faite grâce à une lectrice  sur monBestSeller :

« Votre émouvante nouvelle me rappelle l'inoubliable "Le temps d'un soupir" d'Anne Philipe (lu il y a fort longtemps). [...] merci à vous Marguerite pour ce partage qui ne me laisse pas indifférente. Amicalement. Fanny », me disait-elle à propos de ma nouvelle Rue du Chat-qui-pêche , que je venais de publier.

J'ai immédiatement eu envie de lire cette perle inoubliable. Le soir même, je trouvais sur Amazon un exemplaire de la première édition pour la somme astronomique de 5 euros.

Le voyage fut magnifique.

Voilà comment se font les rencontres, les découvertes. Le temps d'un soupir est un texte d'une beauté rare. D'une tristesse à vous poigner le cœur jusqu'à l'étouffement. Beau et triste comme l'amour. Longtemps après ma lecture, j'ai repensé au couple extraordinaire qu'ils devaient former ; elle, l'écrivain, l'ethnologue, et lui, l'acteur flamboyant de beauté et de génie artistique. Anne et Gérard Philipe. Un couple de légende.

Si vous aimez les histoires d'amour merveilleusement bien écrites, le romantisme pur, alors Le temps d'un soupir est fait pour vous.

©Marguerite Rothe

Extraits

"Je marche dans les jardins du Luxembourg. Je suis les mêmes chemins qu'il y a deux ans. Il était tôt alors. Les chaises étaient abandonnées. Quelques écoliers passaient rapidement. Le jet d'eau s'élançait dans la lumière perlée du matin car il ne pleuvait pas comme aujourd'hui, bien que l'année déclinât vers l'hiver. C'était la mort pour cette feuille que le vent chassait et pour celles sur lesquelles je posais les pieds. D'autres repousseraient. Mais, pouvais-je admettre que des hommes naissent quand tu mourais ? Je tournais et retournais dans les sentiers connus et aimés. Chaque arbre se dressait comme un barreau. Je te disais tout ce que nous ne nous dirions jamais. Je respirais lentement, à plein poumons. Je n'osais m'asseoir, l'arrêt me faisait peur. Je marchais comme si j'allais sans fin à travers le monde. Je respirais comme on boit après une course. Je ne cherchais aucune solution puisque la solution existait. Elle n'était pas supportable, voilà tout."

Le temps d'un soupir - Anne Philipe - Éditions Julliard 1963 - p.12

Quatrième de couverture

C'est une méditation sur l'amour et sur la mort, un dialogue avec une ombre, un monologue aussi, qui se poursuivent en dehors du temps. Le passé, le présent, les lieux se confondent dans une plainte qui n'est pas seulement celle de la solitude. Le désespoir pour l'esprit et le cœur face à une séparation éternelle sous-entendent et nourrissent un texte dont la déchirante sérénité exprime à chaque phrase comme la conquête de soi-même sur une douleur totale.

Gérad Philipe en costume de scène

 

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