Cher amour, de Bernard Giraudeau

Publié le par Marguerite Rothe

Bernard Giraudea, auteur du roman épistolaire Cher amour.

Voilà déjà sept ans que "Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique", de Bertrand Tessier (voir le lien en bas de page), est parti pour faire le plus grand de tous les voyages qui puisse se faire dans une vie d'homme. Un voyage fantastique, mystérieux, qui se présente comme l'aventure ultime.

Aventurier, curieux de tout, si ce n'était la fatigue de la maladie et le chagrin de laisser ses amours derrière lui, je suis presque certaine qu'il devait être impatient de voir ça : le Grand Nulle Part. L'Ailleurs.

"C'est toujours impressionnant un port, parce que ça vous amène toujours de "l’ailleurs" en quantité."

dans : Le baroudeur romantique, de B. Tessier.

Il était acteur de cinéma et de théâtre, réalisateur, scénariste, producteur de cinéma et écrivain, mais avant tout cela, il a d'abord été un marin. Né à La Rochelle, l'océan lui a donné le goût des grands espaces. L'a ensorcelé, comme disent certains. L'étendue d'eau immense à l'ouest, la vie grouillante du port, les sonorités des langues étrangères, les odeurs, exotiques elles aussi, tout cela, toute cette magie liée à l'univers marin,  provoque chez lui des envies de partir. D'aller voir ailleurs. Alors, dès qu'il le peut, il s'engage dans la marine. Il a seize ans. “Une erreur”, dit-il. Sauf qu'au bout du compte, ce sont les erreurs que nous faisons qui nous construisent. En bien ou en mal, le résultat est là, et l'on on ne peut s'y soustraire. Lui, son "erreur de jeunesse" a peut-être, même sans qu'il s'en rende compte immédiatement, tracé dans son imaginaire et son inconscient les premières lignes de ses merveilleux textes. Car Le marin à l'ancre, et ses autres livres étaient écrits depuis bien longtemps. Bien avant l'aventure du théâtre, ou celle du cinéma.


Cher amour

Cher amour, de Bernard Giraudu, lu par Jean-pierre Marielle.

Cher amour est un texte d'une beauté intemporelle. Et lu par Jean-Pierre Marielle, le plaisir s'en trouve heureusement redoublé. Une rencontre de deux acteurs, que cette lecture.

Avec Cher amour, Bernard Giraudeau nous entraîne avec lui dans ses rêveries. Car la trame de son récit se situe entre ce qui pourrait être une lettre à une femme aimée imaginaire et un monologue intérieur. La texture de Cher amour se compose de souvenirs et de désirs, réels ou fantasmés.

"Je vous aime depuis si longtemps… Depuis… avant le début, voyez-vous. Ces récits sont des voyages aux pays des hommes. Mais voyager, on en revient jamais. Je vous écris pour prolonger l’instant, pour garder une trace, tordre le cou à la fugacité, l’oubli, à l’impermanence. Ceci sans succès bien sûr puisque c’est vouloir figer l’éphémère et... et j’aime l’éphémère."

Il trace d'une plume merveilleusement sensible, délicate, littéraire, la plupart du temps, des chemins de lumière pour ses mots. Si cet homme avait l'amour des voyages et de l'aventure, il avait aussi celui des mots, et aussi l'amour des images, et aussi l'amour de l'amour. L'amour de la vie.

"Le bonheur du voyage, c’est de faire tout, pour la première fois. Vous riez, parce que je vous devine provocatrice, me proposant le voyage immobile, celui des guides touristiques, de la carte géographique, du livre proposé et qui devient alors le grand voyage sans frontières des formes, libre de l’espace et du temps. Ce que l’imaginaire propose est plus libre dites-vous, plus déraisonnable. Il peut prolonger la naissance du jour comme le coucher du soleil. C’est si bref, la réalité. Si éphémère."

Ou encore

"Le voyage est une aube qui n’en finit pas. Comme Jim Harrison, je trouve que c’est beau, l’aube, les aubes du monde, à Saint-Pétersbourg, au Kenya, au Mexique, par­tout, que ce soit avec l’éléphant qui boit, les usines qui fument, les Andes poudrées, Paris la brume derrière Bellville. C’est l’aube qui est belle parce qu’elle embellit."

Une déclaration d'amour, voilà ce que nous offre Bernard Giraudeau avec ce Cher amour. Plus discrètement, il nous parle aussi de son rapport à la maladie, qu'il aborde avec pudeur – comme s'il disait : "Allez va, ça va aller..." –, avec lucidité, mais aussi avec  tristesse. Une tristesse que le lecteur perçoit dans un dernier mot d'amour. C'est alors une grande vague de blues qui submerge l'âme, confrontée à l'inexorable.

"La maladie sans l’amour, c’est déjà la mort. Je vous aime..."

Cette lecture a été un beau, très beau voyage. Sur le dos rond de la Terre, mais aussi en mon imaginaire, guidée par un poète. Oui, quelle merveilleuse compagnie que fut celle de cet homme.

Cher amour est un livre que je recommande à tous les amoureux du romantisme, de l'aventure, et de la beauté de textes littéraires qui n'en ont pas l'air, mais qui en ont la chanson.

©Marguerite Rothe 2017


Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique
Bernard Giraudeau
Né le 18 juin 1947 à La Rochelle et mort le 17 juillet 2010 à Paris, Bernard Giraudeau était un acteur de cinéma et de théâtre, réalisateur, scénariste, producteur de cinéma et écrivain français.

Bibliographie :

Transamazonienne (1992), Les Caprices d'un fleuve (1996), Le Marin à l'ancre (2001), Les Contes d'Humahuaca (2002), Ailleurs (2003), Les Hommes à terre (2004), Les Dames de nage (2007), Cher amour (2009).

Et dans des ouvrages collectifs :

Holl le marin (2005), dans : Nos marins, ouvrage collectif des Écrivains de Marine. Le Retour du quartier-maître (2007), dans : Nos mers et nos océans, ouvrage collectif des Écrivains de Marine.


À voir

Bande-annonce et/ou film-documentaire de Bertrand Tessier : Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique, sur le site de l'I.N.A. Un film que je vous recommande, pour prolonger le plaisir de la compagnie de cet homme merveilleux.

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