Spin (trilogie), de Robert Charles Wilson

Publié le par Marguerite Rothe

oeuvre de kvakin inspirée d'après Spin, l'oeuvre de robert charles wilson.
©Kvakin • Spin (Based on the novel Robert Charles Wilson) • L'oeuvre est sur ArtStation : cliquez / image

La trilogie Spin est un voyage dans le temps long de l'humanité. Une vision projetée très loin dans l'espace-temps de notre univers. Une trilogie que j'ai lue en petite vitesse, juste pour faire durer le plaisir de la lecture. Ça tombait bien, parce que Robert Charles Wilson ayant décidé d'entraîner ses lecteurs dans un voyage temporel de plusieurs milliers d'années, j'avais tout le temps devant moi...

Quelques fois, on entend parler "d'architecture" à propos d'un roman. Ici, non seulement le terme est tout à fait adapté pour sa solide construction, mais il est également vrai dans l'imagerie intérieure qu'il suscite. Paysages grandioses et extraordinaires jalonnent les chapitres ; et, que ces lieux soient désolés ou pas, les êtres qui les peuplent sont surprenants, intrigants. Élaborer des univers étrangers, Robert Charles Wilson sait faire cela merveilleusement bien. À double titre : d'une part, parce que son imaginaire est d'une incroyable richesse, et d'autre part, parce que son écriture érudite et chaleureuse est d'une très grande efficacité pour mettre en scène cet imaginaire ; au point qu'elle ne laisse jamais le lecteur en rade lorsque celui-ci "traverse" les passages un poil scientifique. Il n'y a pas de hasard là-dedans, Robert Charles Wilson fait en sorte que le plus grand nombre puisse suivre ce qu'il raconte, tout en faisant un travail d'écriture remarquable. Et, de fait, on arrive à le suivre. Et on en redemande. Il n'y a pas à dire, le bonhomme est un écrivain de grand talent.

Catégorisé par commodité comme roman de science-fiction, il faut lui adjoindre d'autres étiquettes pour mieux le situer dans le genre. Avec ses univers parallèles – la mise en abyme de l'univers terrestre est tout simplement fascinante –, la terraformation d'une planète, ses rencontres de 3e type, on pourrait parler de fiction spéculative, ou peut-être de planet opera. 

La qualité de Spin fait que c'est le genre d'aventure qui peut plaire au plus grand nombre, sans distinction de sexe ou d'âge. À la lecture, chacun va y trouver son compte. Au reste, les sujets évoqués comme : l'extinction de la Terre, l'astronomie, l'écologie, la recherche médicale, la politique, les relations humaines, les croyances religieuses, les relations sociales, l'amour, l'amitié, font que l'histoire se révèle passionnante. Une intrigue portée par des personnages hautement crédibles. Tellement proches de nous...

Spin est un monde où l'on entre facilement, et dans lequel on a très vite envie de se prélasser. L'aventure est à lire sans impatience, parce qu'il y a beaucoup à découvrir. Les bons auteurs savent bien faire cela : nous faire faire la visite intégrale de leur univers, tout en nous détaillant par le menu ce qu'il y a à savoir.

Spin, Axis, Vortex, la trilogie de science-fiction de Robert Charles Wilson
Spin (trilogie) de Robert Charmes Wilson

Les trois ouvrages ont été traduits de l'anglais canadien par Gilles Goullet, et font respectivement : 560, 400, et 352 pages.

Spin a remporté le prix Hugo en 2006, et le Grand Prix de l'Imaginaire en 2007

Pour finir, de mon point de vue, et bien que les couvertures soient très belles, je trouve qu'elles ne rendent pas justice à l'histoire. Elles lui donnent un éclairage très "sciences" (pour la couverture de Vortex, avec la représentation de ce monolithe noir, la référence à 2001 l’Odyssée de l'espace est évidente), alors que ce n'est pas vraiment  le cas, je trouve. Imaginez plutôt une épopée "infra-terrienne", il me semble que comme angle de vision, ce sera plus juste.

©Marguerite Rothe


Résumés de l'éditeur

Spin

Une nuit d'octobre, Tyler Dupree, douze ans, et ses deux meilleurs amis, Jason et Diane Lawton, quatorze ans, assistent à la disparition soudaine des étoiles. Bientôt, l'humanité s'aperçoit que la Terre est entourée d'une barrière à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. La lune a disparu, le soleil est un simulacre, les satellites artificiels sont retombés sur terre. Mais le plus grave, c'est qu'à la vitesse à laquelle vieillit désormais le véritable soleil, l'humanité n'a plus que quelques décennies à vivre... Qui a emprisonné la terre derrière le Bouclier d'Octobre? Et s'il s'agit d'extraterrestres, pourquoi ont-ils agi ainsi ?

Axis

Menacée par un Soleil qui se transformera bientôt en nova, la Terre vit ses dernières années. Pour la plupart, les hommes ont franchi l'arc des Hypothétiques et se sont installés sur le Nouveau Monde, Equatoria, notamment dans sa capitale, Port Magellan. C'est à partir de cette agglomération tentaculaire, hétérogène telle l'humanité, que Lise Adams cherche son père, un scientifique qui a disparu depuis bien longtemps et avait peut-être découvert quelque chose sur l'énigme que représentent les Hypothétiques. Alors que Lise tient enfin une piste sérieuse, grâce à son ancien amant Turk Findley, d'étranges cendres se mettent à tomber sur le Nouveau Monde. Et si celui-ci, tout comme la Terre, était condamné à brève échéance?

Vortex

« Je m'appelle Turk Findley et je vais vous raconter ce que j'ai vécu longtemps après la disparition de tout ce que j'aimais ou connaissais. » C'est par ces mots que commence le premier des dix carnets lignés trouvés dans le cartable d'Orrin Mather, jeune vagabond interné dans un centre d'accueil de Houston. Ces carnets racontent l'histoire de ce Turk Findley qui, en passant un arc temporel des Hypothétiques, a fait un bond de dix mille ans dans le futur et s'est retrouvé sur Vox, un archipel artificiel sur le point de franchir l'arc pourtant fermé qui fait communiquer Equatoria avec le berceau de l'humanité – une Terre à l'agonie devenue toxique et inhabitable. 

 
Robert Charles Wilson auteur britanique de science-fiction

Extraits

Nous avions toutefois perdu quelque chose de plus subtil que quelques lumières dans le ciel. Nous avions perdu l’impression de connaître avec certitude notre place dans l’univers. La Terre est ronde, la lune tourne autour, la Terre elle-même orbite autour du Soleil : les gens n’en savaient en général pas davantage sur le plan cosmologique (ils n’en avaient d’ailleurs pas besoin), et je doute que plus d’une personne sur cent y repensait après le lycée. Mais cela les a déconcertés qu’on les en ait privés.

***

Notre premier hiver de nuits noires a été claustrophobe et étrange. La neige n’a pas tardé : nous vivions dans la grande banlieue de Washington, mais à Noël, on se serait plutôt cru dans le Vermont. Les nouvelles inquiétantes se succédaient. Le traité de paix négocié à la hâte entre l’Inde et le Pakistan s’avérait bien fragile ; le projet de décontamination de l’Hindu Kush lancé par l’ONU avait déjà alourdi de dizaines de victimes le bilan initial.

***

Ce jour-là, l’air était doux, avec un vent léger. Le soleil imprégnait tout ce qu’il touchait d’une profonde chaleur organique. On aurait pu croire que le climat voulait nous rassurer : le monde naturel allait bien, merci, presque dix mois après l’Événement… même si nous étions désormais (comme disait parfois Jase) une planète cultivée, un jardin entretenu par des forces inconnues et non un coin de nature cosmique vierge. Jason montait un coûteux VTT, Diane un modèle féminin moins voyant. J’avais quant à moi un vieux clou d’occasion racheté par ma mère à une œuvre de bienfaisance. Aucune importance. Ce qui comptait, c’était l’odeur des pins et les heures vides déployées devant nous.

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Publié dans Anticipation • SF

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