L'affaire du Dahlia noir, de Steve Hodel 1/3

Publié le par Marguerite Rothe

Steve hodel, ancien polier du LAPD

Pour Steve Hodel, tout commence en 1999, lorsqu'il reçoit des mains de June, sa belle-mère, un album photos de poche ayant appartenu à son père George Hill Hodel « le Grand Homme », qui vient de décéder d’une crise cardiaque à l’âge vénérable quatre-vingt douze ans. Un objet des plus anodins, mais dont la force de frappe va s'apparenter à celle d'un coup marteau sur le crâne lorsqu'il va découvrir ce qu'implique le contenu de cet album photos personnel.

À 57 ans, Steve Hodel, ancien inspecteur de niveau III – grade le plus élevé – au LAPD, est retraité depuis treize ans et exerce l'activité de détective privé spécialisé dans les affaires criminelles au moment du décès de son père – un père qu'il a, au fond, très peu connu, puisqu'il n'a renoué des liens fils-père que depuis moins d'une décennie.  Au cours de sa carrière au LAPD, Steve Hodel a mené des milliers d’enquêtes criminelles, dont plus de 300 affaires d’assassinats. Avec un pourcentage de réussite exceptionnellement haut, Steve Hodel était considéré à l'époque, comme étant l’un des meilleurs enquêteurs au LAPD. Flic dans l’âme, le fait qu’il soit retraité ne change rien à l’affaire. Comme on dit : "flic un jour, flic toujours". Et lorsque son instinct lui dit qu’il est sur une piste criminelle, rien ni personne ne peut lui faire lâcher prise. C'est cet instinct qui va le conduire à mener une contre-enquête sur l'affaire du Dahlia noir. Le point de départ étant... l'album photos de poche de son père.

Mais que contient cet album photo personnel ?

Des photos de famille, ce qui paraît naturel. Et deux photos de femmes, mais qui semblent cependant représenter la même personne. Une femme que ni Steve Hodel ni sa belle-mère ne connaissent. Ces clichés représentent une très jeune femme, très belle, avec des cheveux couleur de jais. Sur l'un, elle est vêtue d'une robe noire, et deux grosses fleurs, l'une blanche et l'autre rose semble-t-il, sont piquées dans ses cheveux, tandis que sur l'autre cliché, on la devine nue. Sur ces deux photos, elle tient ses paupières baissées. Que faisaient donc ces portraits, en bonne place, dans un porte photos manifestement privé ?

Dans les heures qui suivent, Steve Hodel va réfléchir à cette question. Et des sentiments dont la nature lui est familière se mettent à frémir en lui et prendre forme. Ce sont ses intuitions, qui commencent à s'ancrer dans la réalité. Et possiblement des "empreintes de pensées".

Laquelle [la réalité], je n'arrivais pas à l'identifier. Mais je savais éprouver des sentiments qu'un autre esprit avait déjà ressentis et compris. Cet autre esprit et moi étions reliés, peut-être même au-delà des frontières de la mort, par ces photos dans l'album secret de mon père.

Ces photos [...] m'évoquaient quelqu’un que je m’efforçais de retrouver. Mais rien ne me venait à l'esprit. Je n'en avais pas moins le sentiment de la connaître et de l'avoir déjà vue quelque part, mais où ?

  p. 59 (de l'édition brochée)

Au cours de sa lecture de L’affaire du Dahlia noir, le lecteur va rencontrer de temps à autre une courte phrase énigmatique : "empreintes de pensées". Elle intervient lorsque surgissent au centre des réflexions de l’auteur, des éléments de l’enquête qui commencent à s'assembler, comme le font les pièces d'un puzzle en cours de réalisation.

L'étude des empreintes de pensées relève des sciences forensiques. Voici ce que dit la description du profil du Dr. Andrew G. Hodges :

"Expert en forensique de premier plan, Hodges a développé sa technique de "décodage de la réflexion" en accédant de manière unique aux messages inconscients des suspects au cours d'enquêtes criminelles. Il fonde ses analyses sur des documents judiciaires tels que : témoignages textuels, transcriptions des interrogatoires policiers, lettres et courriels rédigés par les suspects."

Sa page Internet "What is a “Thoughtprint?”, est très éclairante sur le sujet.

Quelque heures plus tard, alors qu'il regagne son hôtel, il pense aux deux photos. La coiffure lui évoque le style des années 40, et ces fleurs (pour ma part, je pencherais pour des pivoines), bien qu'ils n'en soient pas, le conduisent à penser à des dahlias, et puis il y a cette robe noire, ces cheveux de jais... Son cerveau de flic mouline, cherche, ne lâche rien. Puis, d'elle-même, sans forcer, l'association images / pensées qui défilent sur son écran intérieur se cristallise :  le Dahlia. C'était le Dahlia noir !

 Capture d'écran faite sur le site de Steve Hodel - © stevehodel.com

“State-of-the-art AFR () computer rates the positive match between the known image of Elizabeth Short and the “Jane Doe” photo in Dr. George Hodel’s photo album as being reliable between 90% and 95%”

"Logiciel AFR (Automatic Facial Recognition) en pointe de l'informatique, classe la correspondance positive entre l'image connue d'Elizabeth Short et la photo "Jane Doe" dans l'album photo du Dr George Hodel, comme étant fiables entre 90% et 95%"

Dr. Robert Frischholz, April, 2014 • cf : stevehodel.com

Si ces deux photos représentent bien Elizabeth Short, alors pourquoi son père les aurait-il conservées toute sa vie, dans un album photo privé, à l’abri des regards ? Quand et où l'aurait-il connue ? A-t-elle été sa maîtresse ? Qu'avait-elle représenté dans la vie de cet homme, pour qu'il voulût la garder ainsi au plus près de lui pendant si longtemps ?

Je savais qu'il pouvait y avoir, et qu'il y avait sans doute, des réponses parfaitement simples à toutes mes questions. Mon père pouvait très bien avoir connu Elizabeth Short dans les semaines ou les mois qui avaient précédé son assassinat et pris des photos d'elle à ce moment-là. Peut-être même avaient-ils été amants, ce que mon père n'aurait jamais révélé après le meurtre, par crainte d'être soupçonné d'un crime qu'il n'avait pas commis. Il y avait, j'en était sûr, des réponses rationnelles à toutes mes interrogations, je décidai donc de me montrer objectif dans la résolution de ce mystère. Je ne pouvais pas permettre à mes émotions d'entrer en jeu.

p. 64 (de l'édition brochée)

C'est sur cette résolution, que Steve Hodel décide de mener une contre-enquête, et donc de reprendre dès son début l'affaire non résolue du Dahlia noir, malgré toutes les difficultés logistiques que cela implique. Parallèlement, il va enquêter sur le passé de ce presque inconnu qu'était son père. À ce moment-là, il ne sait pas vers quelles horreurs ses recherches vont aboutir.

(à suivre)

Partie 2 ici
Partie 3 ici

©Marguerite Rothe

Pour la visibilité des photos reproduites et autres pièces à conviction, je vous recommande le format broché plutôt que le "poche".


Ressources documentaires

Site de Steve Hodel  sur lequel l'on peut voir, entre autres documents d'intérêt, un grand nombre de reproductions de lettres écrites de la main de G. H. Hodel

The Black Dahlia in Hollywood, site en anglais, mais qui vaut le détour, tant l'iconographie sur l'affaire du Dahlia noir est importante et variée.

Beyond the Black Dahlia most evil by Steve Hodel (Vidéo 6:35 mn)

Photos de police sur l'affaire du Dahlia noir : Los Angeles Public Library


Publié dans Non-fiction, Dossiers, Enquête

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