Homo disparitus, de Alan Weisman

Publié le par Marguerite Rothe

essai homo disparitus d'Alan Weisman, postapocalyptique, apocalypse, fin du monde

Encore un. En ce moment, je suis dans une période où tous les livres qui me tombent entre les mains sont proprement excellents. Après l'Affaire du Dahlia noir, de Steve Hodel, puis le livre Utøya, de Laurent Obertone, voilà maintenant que je découvre l'essai d'Alan Weisman.

Homo disparitus est une extrapolation sur le devenir de la planète... sans l'Homme. Et c'est ce que dans son essai le brillant journaliste Alan Weisman entreprend de nous expliquer. À quoi pourrait ressembler la Terre sans les êtres humains ? Que resterait-il d'eux, de leur passage sur Terre ?

Dans son livre, la science a la part belle, mais il est écrit à la manière d'un récit que nous raconterait un ami érudit : simplement, sans artifices de langage, pour que tout un chacun puisse comprendre. Et c'est passionnant à lire. Avec Homo disparitus, vous ouvrez le livre, et vous voilà partis pour un voyage dans le temps. Dans le passé, puis le présent, et enfin le futur. Mais pas le futur de demain ou celui d'après-demain, non, celui qui sera là bien après le temps des hommes. Le voyage est vertigineux.

Des scientifiques nous expliquent l'évolution et la vie d'une forêt, l’enfouissement des déchets nucléaires, la durée de vie des engrais industriels – produits qui n’existent pas à l’état naturel et sont une création directe de l’homme –, mais aussi, comment disparaîtront nos constructions, même les plus imposantes. Vous partirez en Amazonie, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Australie, et que sais-je où encore, mais en tout cas, Alan Weisman vous emmène partout sur toute la  planète. Dans Homo disparitus, il est question de bactéries, d’atome, des CFC, d’énergies fossiles, des plastiques quasi éternels, de l’hypothèse Gaïa, des migrations animales, des mers et des océans contaminés. Des chercheurs et des scientifiques de tous horizons et aux spécialités très variées tels que : biologistes, anthropologues, paléontologues, architectes, astrophysicien, conservateurs de forêts, archéologues, paléoécologistes, ect., parlent à travers ce qu'écrit Alan Weisman. Ils nous donnent leur avis, énoncent leurs théories et contre-théories. Les acteurs de ce livre sont si nombreux que  j'ai compté 38 pages sur ma Kindle, rien que pour les remerciements de l'auteur !

Mot de la fin : « Sans nous, la Terre continuera malgré tout d’exister ; sans elle, nous, nous n’existerions même pas. » Alan Weisman. Je plussoie fortement !

©Marguerite Rothe


Morceaux choisis

"Vous n’avez sans doute jamais entendu parler de la Białowieża Puszcza. Puszcza est un vieux mot polonais signifiant « forêt vierge ». À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, le demi-million d’acres de la forêt de Bialowiesa renferme les derniers fragments européens de forêt à l’état primitif.

« Quel choc que de se dire que l’Europe entière ressemblait jadis à cette Puszcza. On se rend compte, en y pénétrant, que la plupart d’entre nous n’ont jamais connu qu’une pâle copie du programme originel de la nature. Ces sureaux aux troncs de deux mètres de large, ou ces gigantesques épicéas sans âge, devraient nous sembler aussi exotiques que l’Amazone ou l’Antarctique, à nous qui avons grandi près des bois de deuxième génération, chiches en comparaison, qui parsèment l’hémisphère Nord. Eh bien non, ce n’est pas le cas. Au contraire, on s’y sent en terrain connu. Une impression de plénitude en émane, au niveau cellulaire. »

"Souvenez-vous de la forêt mystérieuse et embrumée que vous imaginiez quand on vous lisait un conte de Grimm. Ici, les frênes et les tilleuls culminent à quarante-cinq mètres de hauteur, et couvrent de leur ombre un enchevêtrement humide de charmes, de fougères, d’aulnes rugueux et de gros champignons. Les chênes, tapissés d’un demi-millénaire de mousse, sont tellement immenses qu’ils servent de garde-manger aux pics épeiches : ceux-ci creusent le tronc à sept centimètres de profondeur pour y entreposer des pommes d’épicéa. L’air, épais et frais, se pare d’un silence que seuls viennent briser les cris brefs du casse-noix, le sifflement grave d’une chevêchette d’Europe, ou la plainte d’un loup."

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"De même que les sondes Voyager et Pioneer se transforment peu à peu en poussière, les ondes hertziennes transportant des sons et des images associés à tout juste un siècle d’existence humaine seront au final tout ce que l’univers conservera de nous. Ce n’est qu’un moment, même en termes humains, mais un moment d’une fécondité remarquable, bien que convulsive. Quelles que soient les créatures qui reçoivent nos signaux à l’autre bout du temps, elles en prendront plein les oreilles. Peut-être ne comprendront-elles rien aux aventures de Lucy, mais elles nous entendront rire."

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"Thompson observe un échantillon finlandais dans le microscope de Browne. Une fibre verte, sans doute issue d’une plante, au milieu de trois fils bleus qui n’ont rien de végétal. Le scientifique s’assoit sur le comptoir, les pieds sur un tabouret. « Voilà comment je vois les choses. Admettons que toute activité humaine cesse demain et que, tout à coup, plus personne ne produise de plastique. Rien qu’avec ceux qui existent, vu la façon dont ils se fragmentent, les organismes devront gérer leur présence indéfiniment. Peut-être pendant des millénaires. Voire plus. »

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"À Hong-Kong, un bol de soupe aux ailerons de requin vous coûtera une centaine de dollars. Après leur avoir retiré leurs nageoires pectorales et dorsale, les pêcheurs relâchent ces squales mutilés mais encore en vie. Privés de leur gouvernail, ils coulent au fond de la mer où ils meurent asphyxiés. Malgré les campagnes visant à interdire cette consommation de luxe « En un an », annonce Enric Sala, (océanographe biologiste) observant leurs évolutions de nuit depuis la rambarde du White Holly, « les humains tuent 100 millions de requins tandis que les requins attaquent peut-être quinze humains. Vous parlez d’un combat loyal. »

Homo disparitus, de Alan Weisman


écologie, catastrophe écologique,

Table des matières

Prélude - Un banquet d’amertume

Première partie

Chap. 1 - Effluves d’Éden - Chap. 2 - Adieu, maisons - Chap. 3 - Les villes, sans l’homme - Chap. 4 - Le monde, juste avant l’homme - Un interlude interglaciaire - Un paradis de glace - Chap. 5 - La ménagerie perdue - Chap. 6 - Le paradoxe africain - Sources - L’Afrique, après l’homme - Une insidieuse épitaphe

Deuxième partie

Chap. 7 - Ce qui s’écroule - Chap. 8 - Ce qui dure - Tremblements de terre - Terre ferme - Chap. 9 - Éternels polymères - Chap. 10 - Le pétrole du Texas - Chap. 11 - Un monde sans fermes - Les bois - La ferme - La chimie - La génétique - Au-delà de la ferme

Troisième partie

Chap. 12 - Quid des merveilles du monde (antiques et modernes) ? - Chap. 13 - Le monde sans guerres - Chap. 14 - Le sort des volatiles - La nourriture - L’électricité - Félix le prédateur - Chap. 15 - Héritage sensible - Les enjeux - Écran solaire - Tactique et pratique - Réactions - La vie, malgré tout - Chap. 16 - Notre dossier géologique - Cavités - Le sort des montagnes - Interlude archéologique - La métamorphose

Quatrième partie

Chap. 17 - Que faire de nous ? - Chap. 18 - L’art, après notre départ - Chap. 19 - Le berceau marin - CODA - Notre Terre, nos âmes - Remerciements - Bibliographie sélective - Index


homo disparitus Alan Weisman reporter

Quatrième de couverture

Admettons que le pire soit arrivé. Imaginons un monde dont nous aurions tous soudain disparu. Et voyons ce qu’il reste... La nature reprendrait-elle ses droits ? Combien faudrait-il d’années au climat pour retrouver son niveau d’avant l’âge industriel ? Qu’adviendrait-il des réacteurs de nos centrales ? Quels animaux prospéreraient et quelles races s’éteindraient ? Ces questions, et beaucoup d’autres – des plus sérieuses aux plus saugrenues –, sont celles que le journaliste Alan Weisman, plusieurs fois primé pour ses reportages (The New York Times Magazine, The Atlantic Monthly, Discover), nous invite à explorer. Parcourant les cinq continents, convoquant de nombreux experts – climatologues, botanistes, spécialistes de l’écologie, architectes, géographes, etc. –, il nous offre ici un passionnant reportage où la réalité dépasse la (science) fiction.


Éditions Flammarion • Essai • Paru le 04/05/2007 • Genre : Documents • 400 pages • Broché • EAN : 9782081204935 • ISBN : 9782081204935.

Publié dans Essais, Enquête

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