Les mémoires d'un chat, de Hiro Arikawa

Publié le par Marguerite Rothe

Mémoires d'un chat, roman japonais de Hiro Harikawa.

En lisant le titre du livre d'Hiro Arikawa, vous allez peut-être vous exclamer : "Encore un livre de chats ! " ; c'est vrai, bien évidemment, mais pas seulement. C'est aussi l'histoire de son maître Satoru Miyawaki, racontée par son chat Nana : un ancien maraudeur des rues. Satoru est un  "dingue de chats" et Nana a la langue bien pendue... La preuve, dans ce livre, ce sont ses chroniques que nous rapporte fidèlement Arikawa...

Quel plaisir, que cette lecture ! Formidablement bien écrite, l'histoire Les mémoires d'un chat de Hiro Arikawa a tout pour plaire : profondeur et finesse d'analyse des relations humaines, dialogues savoureux, intelligents et drôles, humour d'une grande finesse, écriture libérée mais aussi superbement poétique. Les mémoires d'un chat, rassemblent sous la plume de ce jeune auteur, le raffinement nippon observable dans tout le spectre de la vie quotidienne : la vie, la mort, la spiritualité, l'amour, l'amitié, le devoir, l'honnêteté, la famille, le culte des ancêtres, et ainsi de suite.

Ce roman, qui est un magnifique travail d'écrivain, se savoure avec un plaisir renouvelé à chaque page tournée.

Les chroniques du chat Nana font s'entrecroiser les voix des personnages, humains ou animaux, au point qu'il arrive parfois que le lecteur ne sait plus très bien si c'est un chat, un chien, ou bien un humain qui s'exprime. Démarche volontaire de l'auteur, selon ma propre interprétation.

Tout au long du livre, Les mémoires d'un chat évoquent la philosophie et l'art de vivre des japonais. Ce culte qu'ils ont de la beauté naturelle ou créée. Ici, la nature y encensée. Poétisée. Lire Les mémoires d'un chat, c'est sourire, réfléchir, comprendre, et même pleurer d'émotion, car les derniers moments du roman sont intenses, poignants, mais aussi lumineux, grâce à la magie du mouvement de plume délicat et généreux d'Hiro Arikawa.

Avec Nana, l'on fait un grand tour dans le cœur des hommes, et aussi dans ce pays si joliment nommé "Soleil-Levant", où sur les terres duquel s'élève unique et majestueux le mont Fuji.

©Marguerite Rothe

Chats à Tokyo

Chats à Tokyo (Anonyme)


Extraits

"À propos, j’adore la télé, chez ces gens. Pour moi, une télé c’était un machin tout fin comme une planche, mais ici, c’est plutôt une sorte de boîte qui donne envie de monter dessus, légèrement chaude, ça réchauffe le ventre. Pour passer l’hiver, ça doit être bonnard. Elle est très vieille, m’a dit Mme Momo. Donc, autrefois, les télés devaient être en forme de boîte. Gros recul technologique, si vous voulez mon avis. Pourquoi avoir modifié un design aussi parfait pour en faire cette chose plate sans aucune utilité ?"

"Arc-bouté sur le seuil, le chien fixe ses yeux droit sur moi. Sur moi. Pas sur Satoru. Logique. Il s’en est tellement pris plein la tête par Sugi que Satoru était un ami important, qu’il ne fallait pas aboyer et tout le toutim, qu’évidemment… Évidemment, la seule cible qui lui reste sur laquelle planter ses yeux, hein… Allez, viens ! Je suis prêt ! Il ne me saute pas dessus mais il m’aboie dessus, c’est presque la même chose. Ouais, c’est ça, mon gros, tu y es presque ! Hurlements des humains, évidemment. Mais ce n’est pas ça qui va m’empêcher de faire le dos en oméga et de me mettre tous les poils en pétard. Eh, vous ne vous débrouillez pas mal… me fait Mme Momo qui observe la scène. Le compliment me va droit au cœur."

"Et cette fois, sa voix était un peu éraillée. Quelle chance ! Quelle chance on a de voir toutes ces choses merveilleuses pour notre dernier voyage ! Toutes ces choses qu’on voit ensemble pour la première fois de notre vie ! De toute notre vie, ni Satoru ni moi n’oublierons ce double arc-en-ciel qui nous fait fête pour notre dernier voyage. On est restés là, debout au bord de la route, jusqu’à ce que le ciel s’éclaircisse et que l’arc-en-ciel se dilue dans le ciel."

"Nous les animaux, quand notre vie est finie, on s’endort là où on est et c’est tout. Les humains, eux, ils se préparent à l’avance un endroit spécial pour reposer après leur mort. Vous parlez d’une nature inquiète et étriquée…"


Ce que dit l'éditeur

Un chat de gouttière au franc-parler et rompu au langage des humains a pris ses quartiers dans le parking d’un immeuble de Tokyo. Pour rien au monde il ne troquerait sa liberté contre le confort d’un foyer. Mais le jour où une voiture le percute, il est contraint d’accepter l’aide de Satoru, un locataire de l’immeuble, qui le soigne, lui attribue un nom – Nana – et lui offre la perspective d’une cohabitation durable. Cinq ans plus tard, des circonstances imprévues obligent Satoru à se séparer de Nana. Anxieux de lui trouver un bon maître, il se tourne vers d’anciens camarades d’études, disséminés aux quatre coins du Japon. Commence alors pour les deux compères une série de voyages et de retrouvailles qui sont pour Nana autant d’occasions de découvrir le passé de Satoru et de nous révéler – à sa manière féline – maints aspects de la société japonaise. Prenant et surprenant, profond et plein d’humour, Les Mémoires d’un chat est un beau roman sur l’adoption, l’amitié, et la force des liens qui unissent l’homme et l’animal.


L'auteur

Hiro Arikawa est née en 1972 dans la préfecture de Kochi, dans le Sud du Japon.

En 2003, elle remporte le dixième grand prix du roman Dengeki, pour les écrivains débutants, avec : Shio no Machi: Wish on My Precious. Également auteur de light novel, son : Toshokan Sensō (2006) est  numéro un du : Hon no Zasshi en 2006

Les Mémoires d’un chat est son premier roman à paraître chez Actes Sud. Il est en cours de traduction dans de nombreux pays.


Ressources documentaires

Sur le site MC Mag' Le chat dans la culture japonaise. Intéressant !

 

Mont Fuji Eiji Ohashi

Mont Fuji by ©Eiji Ohashi

 

Publié dans Littérature asiatique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :