"J'💙" la dopamine · LIKEZ-MOI !

Publié le par Marguerite Rothe

Sur facebook, j'aime la dopamine, likez-moi !

Ma présence sur les réseaux sociaux se résume à Instagram. Peu chronophage et facile à alimenter, l'outil me convient pour la petite visibilité que je veux donner à mes textes. Mais je n'ai pas de compte sur Facebook ni Tweeter, deux des plus connues des plates-formes sociales, et probablement les plus utilisées dans le monde. La raison est simple : j'ai essayé, j'ai vu, et j'ai laissé tomber. Je voulais faire plaisir à mes enfants qui, dans leur idée, me poussaient à être sur la Toile avec un compte FB pour que je sois "in". En fait, j'ai très rapidement été "out". Out, dans le sens où, pendant le temps de ces courts abonnements, j'ai eu la sensation d'être "hors" de ma vie. Curieux, n'est-ce pas ? Plus le temps de lire, plus le temps d'écrire normalement, plus le temps de faire de la recherche, plus le temps de cogiter sur tel ou tel point à traiter dans mes textes. De surcroit, je ne me suis jamais sentie aussi seule que lorsque j'étais en compagnie de mes comptes Facebook et Tweeter. Bref, depuis cette courte expérience, j'ai choisi d'être has been. Position des plus confortables, puisqu'on est en compétition avec personne si ce n'est qu'avec soi-même (et là, pour le coup, la compète est autrement plus sévère).

Je pensais bien être sortie de ce système de "like" : pouces néroniens levés ou baissés, et autres marques de satisfaction ou de désaccord sur Internet. C'était sans compter sur le conditionnement, le désir d’identification au groupe, le besoin de reconnaissance, la quête d'amour, l'espoir refoulé d'échapper au sentiment de solitude, etc. Car qu'ai-je fait, lorsque j'ai paramétré mes blogs WordPress ? Eh bien, j'ai consciencieusement installé au bas de mes pages virtuelles le fameux petit bouton cliquable "J'aime". Comme si je n'avais jamais vécu mes expériences Facebook & Tweeter, si peu positives. Croire qu'on échappe facilement au conditionnement peut être illusoire, la preuve.

Mais tout cela, loin d'être négatif, est extrêmement intéressant puisque cela parle de l'humain ; de ses bons côtés, et de ses faiblesses. Au fond, et à bien y regarder, la vie comportementale virtuelle n'est pas si différente que la vie physique, et l'on y rencontre une palette impressionnante de caractères, et la multitude de réactions qui s'en suivent.

La dopamine, drogue du plaisir

J'ai eu envie d'écrire cet article après avoir lu le coup de gueule publié par l'un des tauliers du blog PhenixWebZine qui, poussé à bout par des "J'💙" intempestifs (pour ne pas dire : compulsifs), et ce, dans l'instant de leur mise en ligne – articles non lus, de toute évidence, à moins d'être un "as" de la lecture rapide –, s'est fendu d'un petit message :

pas vraiment dans l'esprit acidulé du moment, mais qui avait le mérite d'être diablement clair. En effet, qui n'a pas observé ce type de comportement sur ses propres publications ? Pour ma part, c'est quelque chose que j’observe régulièrement depuis que j'ai créé mes blogs WordPress. Un constat qui fait que l'on se demande pourquoi certaines personnes s'abonnent à des sites d'infos ou de lecture, si ce n'est pas pour lire ce qui y est publié ; est-ce juste pour le plaisir de cliquer sur le bouton "J'💙" ? Ou alors parce qu'elles ont aimé le titre ? Le sujet ? Les images ? Pour initier "un retour de clic" ? Et que sais-je quoi d'autre encore. Il peut y avoir autant de raisons que d'Internautes.

Intéressée par le mouvement d'humeur de PhWZ, j'ai fait quelques recherches pour comprendre plus avant de quoi il retournait. Et parmi tous les résultats obtenus, le titre explicite d'une vidéo a piqué ma curiosité : Je vous ai manipulés. C'est en la visionnant que j'ai trouvé quelques réponses à mes questionnements. Les réactions épidermiques des uns, provoquées par les "J'💙" pavloviens des autres sont en fait reliés par la même dynamique : la recherche du plaisir. Et le carburant de ce plaisir s'appelle : DOPAMINE. C'est ce que nous explique la vidéo : Je vous ai manipulés, de la chaîne YouTube L'Heure de se réveiller ; elle expose clairement, comment, et pourquoi, notamment à travers les divertissements visuels : films, clip vidéo, séries télévisées, etc., est provoquée intentionnellement la production de dopamine dans nos cerveaux ; vous devinez ? Pour influencer nos choix et nos jugements, rien de moins, rien de plus. Cela s'appelle de la manipulation mentale, et ce phénomène indécent touche la société dans son ensemble, adultes comme enfants.

Le poids brutal des chaînes invisibles du "soft power"

Rien qu'à eux deux, les faits relatés par ces internautes (PhenixWebZin, perdant patience, et LHDSR, qui informe sur les effets de la dopamine) nous parlent, et devraient nous donner à réfléchir sur notre relation au monde virtuel, à ce qu'elle implique, où elle nous mène ; elle nous interroge sur le consentement et l'influence, et sur la sorte d'avenir que nous voulons pour nos enfants, et encore bien d'autres points essentiels que l'on pourrait développer conséquemment.

La dépendance aux "J'💙" n’est que la surface du problème. D’autres addictions commencent à se faire jour, plus graves, et plus dommageables pour la société, comme celles des jeux vidéo en ligne et la pornographie – deux activités qui sont d'ores et déjà considérées comme les fléaux majeurs du XXIe siècle par un grand nombre de spécialistes de la santé (le nombre de sites qui traitent de ces sujets est considérable). Ainsi, les individus, littéralement piégés par un besoin de dopamine toujours plus grand, en quête de toujours plus de plaisir, n'arrivent plus à sortir de ce cercle vicieux. Et, dans ces cas, comme avec les produits psychotropes, toute une rééducation est à faire pour arriver à se "désintoxiquer", et vaincre cet esclavage mental.

cerveau Dopamine

"Il y a dans notre cerveau ce que l’on appelle le circuit de la récompense. Ceci est formé par toutes les substances psychoactives qui agissent sur les neurones du cerveau et est composé par le noyau accumbens et l’aire tegmentale ventral (un groupe de neurones dans le centre du cerveau)" ; fin de la citation, voir ici la suite de l'article.

Mais surtout la solitude

J'avais déjà terminé la rédaction de mon article lorsque j'ai trouvé cette enquête. Du coup, je me suis dit que le sentiment de solitude que j'avais moi-même éprouvé pendant mes essais FB et Tweeter, n'était pas le fruit de mon imagination ou une sorte d'inquiétude paranoïaque ressentie à l'égard des réseaux sociaux.

Introduction: Given the breadth of correlational research linking social media use to worse well-being, we undertook an experimental study to investigate the potential causal role that social media plays in this relationship.

Method: After a week of baseline monitoring, 143 undergraduates at the University of Pennsylvania were randomly assigned to either limit Facebook, Instagram and Snapchat use to 10 minutes, per platform, per day, or to use social media as usual for three weeks.

Results: The limited use group showed significant reductions in loneliness and depression over three weeks compared to the control group. Both groups showed significant decreases in anxiety and fear of missing out over baseline, suggesting a benefit of increased self-monitoring. Discussion: Our findings strongly suggest that limiting social media use to approximately 30 minutes per day may lead to significant improvement in well-being. [cf: https://guilfordjournals.com/doi/10.1521/jscp.2018.37.10.751 - ici : Guilford Press

Introduction : Compte tenu de l'ampleur des recherches reliant l'utilisation des médias sociaux au mal-être, nous avons entrepris une étude expérimentale afin d'étudier le rôle causal potentiel que les médias sociaux jouent dans cette relation.

Méthode : Après une semaine de surveillance, 143 étudiants de premier cycle de l’Université de Pennsylvanie ont été assignés au hasard pour limiter l’utilisation de Facebook, Instagram et Snapchat à 10 minutes, par plateforme, par jour, ou pour utiliser les médias sociaux comme d’habitude pendant trois semaines.

Résultats : Le groupe à usage limité a montré des réductions significatives de la solitude et de la dépression en trois semaines par rapport au groupe témoin. Les deux groupes ont montré une diminution significative de l’anxiété et de la peur d’oublier leur niveau de référence, suggérant l’avantage d’une auto-surveillance accrue.

Argument : Nos résultats suggèrent fortement que limiter l'utilisation des médias sociaux à environ 30 minutes par jour pourrait entraîner une amélioration significative du bien-être.

(NB : traduction réalisée avec Google)

Une chose est sûre, je ne suis pas seule à m'interroger sur les réseaux dits "sociaux", et leurs méfaits pernicieux. Pour preuve, en effectuant une recherche sur Google pour illustrer mon article, j'ai découvert avec la requête : Facebook cartoon, une quantité impressionnante de caricatures et de dessins humoristiques sur le sujet.

©Marguerite Rothe

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Aller plus loin

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Cette vidéo expose simplement comment et pourquoi est provoquée volontairement la production de la dopamine dans nos cerveaux, et les conséquences qui s'ensuivent (à 21 mn 55).