Fable de saison | Les loups et les brebis, de Monsieur Jean de La Fontaine

Publié le par Marguerite Rothe

Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les loups firent la paix avecque[1] les brebis.
C’était apparemment le bien des deux partis ;
Car si les loups mangeaient mainte bête égarée,
Les bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d’autre part pour les carnages[2] :
Ils ne pouvaient jouir qu’en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages ;
Les loups, leurs louveteaux ; et les brebis, leurs chiens.
L’échange en étant fait aux formes ordinaires[3]
Et réglé par des commissaires,
Au bout de quelque temps que messieurs les louvats[4]
Se virent loups parfaits et friands de tuerie,
lls vous prennent le temps que dans la bergerie
Messieurs les bergers n’étaient pas,
Étranglent la moitié des agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les chiens, qui, sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu’à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n’en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi,
J’en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ?


[1] Du temps de La Fontaine, on pouvait écrire avecque ou avec, et faire de ce mot deux ou trois syllabes à volonté.

[2] Carnages ne s’emploie ordinairement qu’au singulier ; mais, malgré l’assertion d’un habile grammairien, nous pensons qu’on peut aussi fort bien se servir de ce mot au pluriel, et ce vers en fournit un heureux exemple.

[3] Dans les formes. Aux formes est pour ès formes, style de pratique.

[4] On disait dans notre ancien langage louvat, lovet, loviau, pour un louveteau ou un petit loup.


Source :

Fables & œuvre diverses - Avec des notes - Livre III • Fable XIII

Libraire de Firmin Didot frères, fils et Cie • Imprimeurs de l’Institut, 56, rue Jacob • Paris • Édition 1861

Notice de C. A. Walckenaer - Secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et des Belles lettres

 

 

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