La « Famille » Manson, la CIA, le trafic d'enfants, et Hollywood : une histoire des « sixties »

Publié le 19 Mars 2022

Ça a commencé par une vidéo qui disait explorer le côté trouble d’Elon Musk. Et, plus particulièrement, celui de ses origines familiales. Et, encore plus particulièrement, celui de Maye Musk, née Haldeman, génitrice d'Elon, qu’un internaute reliait à Charles Manson. Une rumeur, un fantasme, que sais-je, mais en tout cas, de Musk, je suis passée à Manson. 

Voilà comment, de fil en aiguille, je me suis prise au jeu de  « l'enquête ». J'ai donc commencé par lire le livre de Bugliosi : L'affaire Manson. Éditions Robert Laffont, 1977.

En le refermant, je me suis demandé comment il était possible qu'une enquête concernant des crimes aussi graves ait pu être menée aussi mal. Comportant des négligences à la pelle. 

Voilà ce qu'en dit le blogueur A. Light :

« Rien dans ces meurtres n'avait de sens. Il y avait une étrange secte de hippies qui tuaient des célébrités sans raison apparente, et les jeunes gens qui commettaient les crimes semblaient être sous le charme d'un charismatique fou et musicien raté nommé Charles Manson. 

Bugliosi a créé un récit selon lequel Manson et ses disciples n'avaient aucun motif personnel dans ces meurtres, mais tentaient de déclencher une guerre raciale en faisant porter le chapeau aux Black Panthers. »

C'est ça, et plus encore. J'ajouterai que la narration du procès ressemblait à quelque chose de totalement loufoque. Du Grand Guignol. Du foutage de gueule, pour le dire crûment. D'autre part, ayant fait l'acquisition de l'ouvrage de Bugliosi dans l'édition de 1977 (première édition française), et donc publié avec un encart de huit pages montrant des photos de l'époque, je n'ai pas vu, ou su voir, une jeune femme qui aurait pu ressembler à cette Maye Haldeman, comme s'interrogeait Gonzo Shimura dans le préambule à sa vidéo).

Restons un peu sur Vincent Bugliosi. En furetant, ici et là, on apprend que l'homme avait des défauts. Et pas des moindres. Je n'ai pas encore eu le temps de m'y intéresser en profondeur, mais j'ai trouvé ici un PDF qui expose assez durement le bonhomme ; en effet, un certain George Denny relate en 1973 le harcèlement de Vince Bugliosi à l'encontre de son ancien livreur de lait et de sa famille. Bugliosi pensait que ce laitier pouvait être le père de son enfant. Il décrit ensuite les coups et blessures qu'il aurait infligés à sa maîtresse, soi-disant parce que celle-ci refusait de se faire avorter...  

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Du livre de Bugliosi, je suis revenue à un PDF téléchargé il y a quelques mois de cela. À l'époque, j'avais trouvé son sujet vraiment bizarre, mais je l'avais tout de même conservé. Au cas où. Le meurtre de Sharon Tate a été simulé (The Tate murders were faked), est une enquête d'un certain Miles W. Mathis. Vous avez le PDF en français : ici, et en anglais : ici (mis à jour par l'auteur). 

Mon sentiment après lecture : très mitigé. Oui, clairement, il y a des photos qui interrogent, oui, le procès présentait des incohérences. Oui, la CIA est citée (on est en 2012, et le livre de Tom O'Neil, qui met cela sur la place publique est édité en... 2022... ) Nous sommes également dans les années où l'opération Chaos est menée par le gouvernement étasunien. Rien de clair. Donc, je réserve mon jugement, et laisse toutes les portes ouvertes.

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Continuant de fouiner, je me suis intéressée au film de Tarantino : Once upon a time in Hollywood. Ici, le réalisateur utilise le procédé narratif de l'acteur qui tourne un film dans le film. Rien de bien nouveau, et, du reste, il en ressort un truc hybride entre comédie et faux thriller, l'ensemble entrecoupé de mises en abyme qui semblent ne rien apporter au récit. 

Comédie, mais dans laquelle cependant une vraie violence n'est pas exclue :

 
Comédie, mais dans laquelle cependant une vraie violence n'est pas exclue. La mort des hippies, à la fin, est particulièrement dégoûtante. En tout cas, Sharon et ses amis sont épargnés. Serait-il possible que Miles Mathis ait raison ?
Si vous voulez savoir:
La mort des hippies, à la fin, est particulièrement dégoûtante. En tout cas, Sharon et ses amis sont épargnés. Serait-il possible que Miles Mathis ait raison ?

 

Il faut parler aussi des clins d'oeil et des petites étrangetés : 

  • Brad Pitt, qui refuse les avances sexuelles d'une mineure
  • une petite fille kidnappée, bousculée, mais contente et consentante
  • des talons et plantes de pieds parfaitement crasseux dans une paire de bottes blanches...

Et tout ce que je n'ai pas remarqué.

Une chose me paraît certaine : si le quidam trouve ce film long et ennuyeux, c'est qu'il n'a pas été fait pour lui. Je veux dire : quelque chose me souffle que Once upon a time in Hollywood s'adresse aux initiés. À ceux qui savent ce qu'est réellement Hollywood. Ce qui s'y passe. Isaac Kappy a parlé, la vie lui en a coûté. Pedollywood. Le « Bois Saint » est une place où tout n'est que mirages, reflets, tromperies, singeries. Et donc, là aussi, la fin du film de Tarantino, qui est, rappelons-le, un dévoué défenseur de R. Polanski, poursuivi par la justice américaine pour le viol d'une jeune fille de treize ans, en 1977, rejoint la théorie de Miles Mathis...

En juillet 2019, le panneau d'affichage géant à l'angle de Pico et de La Cienega avait été loué par Sony pour promouvoir le film de Quentin Tarantino : Once Upon a time in Hollywood, a été « détourné ». Les photos des acteurs et le titre du film ayant été modifiés : Jeffrey Epstein et Roman Polanski jouant désormais dans un film titré : Once upon a time in Pedowood. Selon l’artiste à l’origine de la modification, ces fausses publicités sont destinées à dénoncer l'industrie du divertissement pour avoir soutenu Polanski, qui a plaidé coupable de relations sexuelles avec une mineure il y a quarante ans, et, dans une moindre mesure, Epstein, qui a été arrêté le 6 juillet pour trafic sexuel de mineurs. Il a également fait remarquer que le film a pour toile de fond les meurtres commis par Charles Manson en 1969, dont la victime la plus connue était Sharon Tate, l'actrice qui était mariée à Polanski à l'époque. Epstein n'était pas aussi connu du public que Polanski jusqu'à sa récente arrestation, mais il était fréquemment invité à des événements de l'industrie du divertissement sur les deux côtes, organisant même des dîners dans son manoir de New York auxquels assistaient des personnalités comme Katie Couric, Charlie Rose, Chelsea Handler et George Stephanopoulos.

 

Toujours à la recherche d'autres points de vue, je me suis intéressée ensuite au documentaire ARTE. Bon, c'est du ARTE, donc à prendre avec des pincettes. Disons que ce doc' vaut pour les images d'archives qu'il propose. Mais, là aussi, on a le sentiment que ce petit monstre qui avait la prétention de se prendre pour Jésus, est considéré comme une sorte d'objet qui aurait eu une certaine valeur – le crime, ça peut rapporter des sous pendant longtemps...  

Ne reste que ce livre, très récent, et qui n'est pas (encore) traduit en français. Je vous relaie l'article que le journaliste Alexander Light à écrit son sujet. Tout cela fait très envie. Enfin, si vous avez lu livre de Cathy O'Bien, vous comprenez que le titre de son ouvrage fait sens.

« Un journaliste découvre les liens de la famille Manson avec le programme de contrôle mental MK-Ultra de la CIA et le trafic d'enfants à Hollywood.
 
« Les crimes de la Famille Manson ont donné lieu à l'un des procès pour meurtre les plus célèbres de l'histoire, mais de nouvelles recherches ont été mises au jour qui pourraient totalement changer le fil narratif de cette affaire.

 

Une grande partie de ce que l'on croyait être vrai à propos des meurtres de Manson et de la secte qui les a perpétrés provient d'une histoire racontée par le procureur Vincent Bugliosi, à la fois pendant le procès et dans son livre Helter Skelter - le roman policier le plus vendu de tous les temps.

Rien dans ces meurtres n'avait de sens. Il y avait une étrange secte de hippies qui tuaient des célébrités sans raison apparente, et les jeunes gens qui commettaient les crimes semblaient être sous le charme d'un charismatique fou et musicien raté nommé Charles Manson. 

Bugliosi a créé un récit selon lequel Manson et ses disciples n'avaient aucun motif personnel dans ces meurtres, mais tentaient de déclencher une guerre raciale en faisant porter le chapeau aux Black Panthers.

Cependant, dans les années qui ont suivi, de nombreux chercheurs ont eu du mal à donner un sens à l'histoire établie par Bugliosi. Manson était certainement raciste et problématique à bien d'autres égards, mais il existe de nombreuses preuves que l'histoire que nous avons fini par accepter au sujet de la secte et de ses crimes est une pure invention.

Il y a plus de 20 ans, le journaliste Tom O'Neill est tombé sur l'affaire Manson lors d'une mission pour le magazine de divertissement Premiere, aujourd'hui épuisé.

Au début, O'Neill n'était pas très intéressé par l'affaire, pensant que le public connaissait déjà toute l'histoire. Mais alors qu'il tentait de rédiger un article sur l'impact des meurtres sur Hollywood, il a rapidement commencé à trouver des indices qui allaient déclencher l'obsession de toute une vie.

Le nouveau livre d'O'Neill, Chaos : Charles Manson, the CIA and the Secret History of the Sixties, co-écrit par Dan Piepenbring, détaille les dizaines d'années de recherche qui ont débuté avec cette mission.

Alors qu'il commençait à couvrir l'histoire et à mener des entretiens avec la police et les procureurs impliqués dans le traitement de l'affaire, O'Neill a trouvé des preuves importantes qu'une sorte de dissimulation était en cours.

En approfondissant son enquête, il a appris que Manson avait beaucoup plus de relations à Hollywood et dans l'industrie du divertissement qu'on ne le pensait au départ.

En fait, il existe des preuves irréfutables que Manson était un personnage un peu similaire à Jeffrey Epstein, qui était lié à des personnalités très en vue par le biais d'un trafic d'enfants. Les dramatisations sur la Famille Manson en minimisent souvent l'importance, mais beaucoup des jeunes hippies de la secte étaient en fait des filles mineures.

Les recherches d'O'Neill suggèrent que Manson était populaire à Hollywood parce qu'il faisait du trafic d'enfants à destination de divers producteurs de disques, d'artistes célèbres et de riches mécènes.

L'affaire devient encore plus suspecte si l'on considère que Manson et sa secte semblaient être protégés par le gouvernement et les forces de l'ordre locales. Manson a commis de nombreux crimes alors qu'il était en liberté conditionnelle, mais il a été libéré à de nombreuses reprises.

O'Neill documente la façon dont le LAPD savait depuis longtemps ce que Manson préparait et n'a rien fait, et a peut-être même détourné le regard lors de précédentes affaires de meurtre impliquant la famille.

O'Neill admet qu'il ne pouvait pas déterminer pourquoi la Famille était protégée, mais au fur et à mesure de ses recherches, il a découvert un réseau complexe d'explications possibles, toutes étayées par des preuves bien documentées, y compris des aveux des personnes impliquées dans l'affaire.

L'un des aspects les plus intéressants révélés par ces nouvelles recherches est que la famille Manson était en contact régulier avec un médecin notoire qui travaillait dans le cadre des expériences de contrôle mental MK Ultra de la CIA. Louis West, le psychiatre de l'UCLA qui a réalisé l'évaluation psychiatrique controversée de Jack Ruby, était également un acteur majeur des expériences de contrôle mental de la CIA. [NDT : c'est moi qui souligne]

Cependant, toutes ces expériences n'ont pas eu lieu en laboratoire ; certaines se sont déroulées en public, sous la forme de sondages et d'observation des gens dans leur vie quotidienne.

West était fasciné par la sous-culture hippie et a mené des expériences en plein air dans le quartier Haight de San Francisco, qui était à l'époque l'épicentre du mouvement. Dans un cas, il a mis en place un faux "crash pad hippie" dans la communauté, afin de pouvoir observer secrètement les hippies dans leur habitat naturel.

La CIA a également mis en place une clinique médicale gratuite dans le quartier sous le prétexte de leur donner des soins médicaux gratuits, mais dans le but secret de les examiner et de les utiliser comme sujets de tests.

La famille Manson passait régulièrement par cette clinique, et un autre psychiatre qui travaillait sur des expériences de contrôle mental avec West s'est même intégré à la secte pendant plusieurs mois.

West était profondément lié à l'affaire Manson, mais était étrangement absent des procès. C'est d'autant plus étrange qu'il a souvent saisi toutes les occasions de témoigner dans les affaires où un expert en lavage de cerveau était nécessaire.

De nombreux dossiers détaillant ce qui s'est passé pendant le projet MK Ultra ont été détruits peu après que le public ait appris l'existence du programme, de sorte que l'étendue des recherches de West ne sera peut-être jamais connue.

Cependant, les recherches d'O'Neill fournissent de nombreuses preuves circonstancielles que West travaillait sur des expériences de contrôle mental impliquant la formation d'assassins sans remords, en utilisant une combinaison d'hypnose, de LSD et de privation de sommeil.

Est-ce une simple coïncidence que Manson ait utilisé ces mêmes techniques pour entraîner des personnes autrefois innocentes à tuer sur commande ?

Le livre explore également d'autres pistes tout aussi intéressantes et bien étayées, notamment la possibilité que Manson soit une sorte d'agent provocateur, envoyé par le programme Cointel du gouvernement pour ternir l'image pacifique de la génération hippie et dissuader les riches célébrités blanches de soutenir les Black Panthers.

Il est possible que toutes ces théories soient vraies, mais après 20 ans de recherches, O'Neill n'en est pas sûr. La seule chose dont il soit certain, cependant, c'est que le récit créé par le procureur Vince Bugliosi est un mensonge.

Bugliosi était au courant des recherches d'O'Neill depuis plusieurs années et s'est donné beaucoup de mal pour l'intimider dans son reportage sur l'affaire. Il est logique que ses recherches n'aient été publiées que quelques années après la mort de Bugliosi. 

Après les procès Manson, Bugliosi a gagné des millions de dollars grâce à la vente de son livre, mais sa carrière a été ternie par de nombreux scandales, notamment l'intimidation de témoins.

Dans un cas, alors qu'il était candidat au poste de procureur, il a battu sa maîtresse enceinte jusqu'à ce qu'elle fasse une fausse couche parce qu'elle refusait de se faire avorter.

Dans un autre cas, il a traqué son ancien laitier et menacé sa famille après avoir été convaincu que sa femme avait eu un enfant avec le livreur, malgré un test de paternité prouvant le contraire.

Le chaos : Charles Manson, the CIA and the Secret History of the Sixties se termine par des commentaires de Manson lui-même, qui explique que des forces puissantes étaient à l'œuvre derrière sa secte et ses crimes. » Alexander Light. (Traduit avec DeepL)

Source

Vidéo : Tom O'Neill CHAOS - Charles Manson, The CIA & The 60s

 

Tom O'Neill spent 20 years writing CHAOS - a book that rose out of the ashes of an article for Premiere Magazine about Charles Manson and the Manson Family. ...

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Rédigé par Marguerite Rothe

Publié dans #Enquête

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