Quand les nationalistes ukrainiens s'inventent une « First lady »

Publié le 19 Mars 2022

En considérant le satanisme comme une norme élitiste, le concept de "luciférianisme aryen" dans le Black Metal peut être détecté dans la philosophie de Semenyaka

Olena Semenyaka, la « première dame » du nationalisme ukrainien

 

par Adrien Nonjon

 

« Pendant des années, les mouvements nationalistes ukrainiens tels que Svoboda ou Pravyi Sektor ont promu un nationalisme introverti, centré sur l'État, hérité de l'Organisation nationaliste ukrainienne (Orhanizatsiia Ukrayins'kykh Natsionalistiv) du début des années 1930 et largement dominé par les visions du monde nationalistes ukrainiennes occidentales et galiciennes. La révolution EuroMaidan, l'annexion de la Crimée par la Russie et la guerre dans le Donbas ont changé le paradigme du nationalisme ukrainien, donnant naissance au mouvement Azov.

Andriy Biletsky

Le Corps national Azov (Natsional'nyj korpus), dirigé par Andriy Biletsky, a été créé le 16 octobre 2014, sur la base du régiment Azov, désormais intégré à la Garde nationale ukrainienne. Le corps national Azov est aujourd'hui un parti nationaliste revendiquant environ 10 000 membres et déployé dans la société ukrainienne à travers diverses initiatives, telles que des camps d'entraînement patriotique pour enfants (Azovets) et des groupes de milice (Natsional'ny druzhiny). Azov peut être décrit comme un néo-nationalisme, en phase avec les transformations actuelles de l'extrême droite européenne : il refuse de s'enfermer dans des mythes démodés obsédés par une relation coloniale avec la Russie, et il se considère comme tourné vers l'extérieur dans la mesure où son cadre intellectuel dépasse le territoire de l'Ukraine, engageant délibérément des stratégies paneuropéennes.

Écusson du bataillon Azov

Olena Semenyaka (née en 1987) est la figure de proue féminine du mouvement Azov : elle est la secrétaire internationale du Corps national depuis 2018 (et dirige de facto depuis la fondation même du parti en 2016) tout en dirigeant la maison d'édition et le club métapolitique Plomin (Flamme). Gagnant en visibilité à mesure que le régiment d'Azov se transformait en un mouvement aux multiples facettes, Semenyaka est devenue une théoricienne nationaliste majeure en Ukraine. La "première dame" du nationalisme ukrainien a orienté le mouvement vers une dimension régionale qui englobe à la fois l'Europe de l'Est et le continent au sens large, réactivant le vieux mythe géopolitique de l'Intermarium. Elle a également cherché à décloisonner le mouvement Azov, lui permettant de consolider des partenariats fructueux avec d'autres mouvements nationalistes européens grâce à des projets dont elle est le principal architecte, "Reconquista-Pan Europa" et "le Pacte d'acier". Enfin, elle s'est attachée à tisser des liens politiques suffisamment larges pour que le mouvement Azov aille au-delà de la simple action militaire.

L'influence croissante de Semenyaka et ses liens internationaux font d'elle un contributeur intellectuel majeur du nouveau paysage identitaire paneuropéen, un peu comme Aleksandr Dugin en Russie ou Steve Bannon aux États-Unis, plus exposés médiatiquement. Au second semestre 2019, elle a été sous les feux de la rampe médiatique du consortium britannique de journalisme d'investigation Bellingcat, qui a accusé Semenyaka de promouvoir une Internationale d'extrême droite.[1] Elle cherche en effet à imposer son idéologie dans les débats métapolitiques occidentaux, suscitant avec succès l'intérêt pour sa vision révolutionnaire conservatrice de la géopolitique européenne[2].


De l'étude du traditionalisme à la première dame du nationalisme ukrainien : Une trajectoire


On sait peu de choses sur Semenyaka et son parcours avant la révolution ukrainienne de 2014. Née en 1987 dans une famille modeste et bilingue (ukrainien et russe), elle se décrit comme une historienne de la philosophie de formation[3]. Semenyaka est titulaire d'un master en philosophie, spécialisé dans la révolution conservatrice allemande. Depuis 2010, elle prépare un doctorat au département de philosophie et d'études religieuses de l'Université nationale de Kiev-Académie Mohyla (interrompu par la révolution Maidan de 2013-14) sur l'herméneutique de la métahistoire d'Ernst Jünger, y compris son dialogue avec Martin Heidegger - deux éminentes figures philosophiques et conservatrices allemandes qui ont façonné sa pensée actuelle, comme nous le verrons plus loin[4]. Elle est décrite par ses anciens professeurs comme une étudiante brillante, réservée et introvertie mais engagée dans son travail[5].

Elle a rejoint le Club traditionaliste ukrainien (Ukraïns'kii Traditsionalistichnii Klub, UTK), fondé en 2010 par le jeune analyste (géo)politique Andriy Voloshyn, recevant le soutien de ses professeurs, Serhiy Kapranov et Yurii Zavhorodnii. En tant que participante au projet politique et culturel "Politosophia", lancé par son collègue Sviatoslav Vyshynsky, qui visait à diffuser les thèmes de la révolution conservatrice et du traditionalisme parmi la jeunesse étudiante ukrainienne, Semenyaka a publié plusieurs études dans l'Almanach international de la tradition et de la révolution (Mezhdunarodnyi al'manakh Traditsii i Revoliutsii) et dans le journal départemental de l'Académie de Kiev-Mohyla[6].

Semenyaka a gagné en popularité au sein du mouvement traditionaliste duguinéen grâce à son article "La révolution conservatrice comme modernisme mythologique"[7], publié dans le volume 4 de l'anthologie d'Alexandre Douguine À la recherche du Logos sombre. Elle a été invitée à s'exprimer lors de la conférence internationale Against the Post-Modern World, organisée à l'Université d'État de Moscou Lomonosov (MSU) en 2011 par le Centre de la tradition présidé par Douguine[8].

Prenant ses distances avec les questions ukrainiennes et critiquant le discours autonomiste de la branche ukrainienne de l'Union eurasienne de la jeunesse basée à Sébastopol, en Crimée, Douguine espérait ouvrir de nouvelles formes de coopération entre la Russie et sa périphérie occidentale par l'intermédiaire d'Olena Semenyaka, conformément à sa vision néo-eurasianiste. Outre la rencontre avec Douguine, Semenyaka a côtoyé des penseurs réactionnaires et traditionalistes intervenant dans les différents panels, notamment les Français Laurent James et Christian Bouchet du mouvement Troisième Voie [NDT : organisation dissoute en 2013 par décret ministériel], ainsi que le cheikh Abdulvahid Pallavicini, président de la Communauté religieuse islamique italienne et fondateur du Centre italien d'études métaphysiques[9].

Le déclenchement soudain de la révolution de Maidan en novembre 2013 a marqué un tournant dans la carrière militante d'Olena Semenyaka. Prenant part aux manifestations de rue comme de nombreux étudiants, elle a été battue par la police et, après avoir échappé à l'avancée des forces de police répressives dans la rue Bankova[10], Semenyaka et de nombreux autres militants nationalistes ont réalisé le caractère historique du soulèvement. Non seulement la chute du président Viktor Ianoukovitch a redéfini les horizons des aspirations nationales ukrainiennes et fait de l'Occident une source de polarité manifeste, mais la violence sans précédent de la révolution et l'ampleur de la mobilisation ont remodelé le paysage politique ukrainien. De nouvelles structures politiques et militantes sont apparues, ouvrant effectivement une période d'incertitude politique que les nationalistes ukrainiens, auparavant marginalisés et désormais acteurs principaux de la révolution, ont "saisie". Comme l'a déclaré Semenyaka :

Bien qu'il s'agisse d'un renversement plutôt que d'une révolution nationale accomplie, l'esprit de cette dernière a été réveillé, et la consolidation patriotique massive dans notre pays, sans parler de l'ascension de la droite ukrainienne, nous surprend encore plus que cette victoire miraculeuse[11].

Semenyaka a décidé de s'engager en politique après le déclenchement du conflit russo-ukrainien au printemps 2014. Son engagement a mis un terme définitif à ses liens avec Douguine, qui s'est positionné à l'avant-garde des ambitions impériales russes en Crimée et en Novorossiya. Douguine a repris ses arguments anti-ukrainiens, qu'il a développés après la révolution orange dans sa Quatrième théorie politique, où il considère l'Ukraine comme une "nation inexistante" ou un "accident de l'histoire", condamnant ainsi la révolution de Maïdan et sa supposée orientation par les forces atlantistes[12].

Правый сектор (Secteur Droit)

Coupant les liens avec les cercles néo-eurasianistes russophiles, Semenyaka a ensuite rejoint Secteur droit, une plateforme politique et militaire qui cherche à unir divers mouvements nationalistes ukrainiens. Dans son rôle de secrétaire de presse du mouvement, elle a commencé à internationaliser la cause ukrainienne à une époque où l'extrême droite européenne ne cachait pas son soutien à la perspective russe du conflit.

[...] même si j'ai pris la responsabilité des relations de Secteur Droit avec les mouvements et organisations nationalistes étrangers, je me suis fixé un objectif plus complexe qui nécessite une réflexion stratégique, en effet. Ainsi, les mises à jour régulières sur les réseaux sociaux qui informent nos partisans (et nos ennemis) de l'avancée de la droite ukrainienne et des patriotes en général, ainsi que les interviews qui servent surtout à dissiper les mythes de la propagande tant du Kremlin que de l'Occident ne sont pas une fin en soi et n'ont été ma principale préoccupation qu'après le déclenchement de la guerre de l'information contre l'Ukraine et le Secteur droit en particulier [...]. En conséquence, au lieu de répondre à tout le monde et d'établir des connexions avec des organisations de droite formellement "neutres" ou ouvertement pro-russes, je peux être assez peu diplomate en tant que "secrétaire de presse". [...] En fait, j'ai choisi le rôle de défenseur du Secteur droit à l'intérieur et à l'extérieur de notre pays. Le soutien informationnel du Secteur droit était également nécessaire dans le cadre de la promotion de la Troisième Voie auprès des Ukrainiens ordinaires qui, au départ, avaient des attentes trop élevées vis-à-vis de l'Occident[13].

Mais Semenyaka et Secteur Droit vont bientôt diverger. Deux facteurs ont progressivement mais inexorablement éloigné Semenyaka du Secteur droit :

  • des agendas divergents avec le leader du mouvement, Dmytro Yarosh,
  • et le flop électoral du mouvement lors des élections législatives de mai 2014 (le mouvement n'ayant obtenu que 0,7 % des voix).

Le divorce s'est achevé en 2015, lorsque Semenyaka a rejoint l'unité de la Garde nationale ukrainienne du régiment Azov afin de poursuivre ses activités[14]. Cette décision n'était pas un simple cas d'opportunisme. Elle était plutôt motivée par une idéologie et des ambitions communes : la guerre est omniprésente dans le discours politique du mouvement Azov. S'appuyant sur l'idéal soldat d'auteurs révolutionnaires conservateurs allemands comme Ernst Jünger et Ernst von Salomon, la guerre est une référence constante pour Semenyaka également : la guerre justifie la nécessité de concevoir une nouvelle forme de société où les intérêts et la protection du peuple sont des priorités absolues.

Contrairement à Secteur Droit, qui était un agrégat de mouvements disparates et souvent concurrents, le Régiment d'Azov dispose d'une structure de pouvoir verticale très forte, incarnée par son leader charismatique, Andriy Biletsky. Grâce à ses importantes ressources financières provenant de divers "seigneurs de la guerre" nationalistes[15]-et à son intégration dans la Garde nationale ukrainienne, dirigée par le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov, en mai 2014 - le régiment Azov a été capable d'impulser de nombreuses initiatives pour entrer dans l'arène politique ukrainienne dans un véritable style gramsciste : une stratégie dans laquelle la bataille politique doit être menée avant tout sur le terrain culturel. Le régiment a été encore plus populaire que Secteur droit grâce à ses victoires dans la zone de l'opération antiterroriste à Marioupol et Shyrokyne en mars 2015 et à son implication dans l'activisme anti-russe et anti-corruption[16] Il vise à utiliser son aura pour engendrer une nouvelle légitimité et une nouvelle direction politique pour le nationalisme ukrainien.

Semenyaka était naturellement à l'aise dans l'idéologie paneuropéenne d'Azov. Sa formation intellectuelle en philosophie politique, son charisme et sa capacité à s'imposer ont fait d'elle une figure centrale et un interlocuteur majeur de la stratégie politique d'Azov. Autrefois secrétaire de presse du Corps civique d'Azov, elle a participé à la formation du parti politique Corps national en octobre 2016[17]. Parallèlement, elle a conçu les bases de deux nouveaux projets géopolitiques, à savoir "Intermarium" et "Reconquista-Pan Europa", destinés à ancrer la cause ukrainienne dans une nouvelle métapolitique européenne.

Elle a ensuite porté l'aspect métapolitique de son engagement à un niveau supérieur au sein du Plomin Club (Club de la flamme), fondé par certains anciens élèves de l'Université nationale de Kiev-Académie de Mohyla. Dans cette nouvelle structure intellectuelle, elle cherche avant tout à faire connaître les penseurs d'extrême droite européens à la jeune garde nationaliste ukrainienne. Au sein de ce projet œcuménique, elle a joué un rôle actif de 2017 à 2019 dans la traduction et l'édition en ukrainien de l'œuvre d'Ernst Jünger, Le feu et le sang, pour laquelle elle a écrit une préface, et de Un samouraï occidental, Pour une critique positive et Le cœur rebelle de Dominique Venner. En outre, pour le projet Reconquista-Pan Europa, elle a édité un recueil des matériaux de Reconquista (2015-16) en anglais et a terminé une Anthologie bilingue anglais-ukrainien du nationalisme européen, comprenant des textes d'auteurs tels que Mircea Eliade, Hans Freyer, Julius Evola et Arthur Moeller van den Bruck, ainsi que Dmytro Dontsov (1883-1973), le père du nationalisme autoritaire ukrainien contemporain.

En plus de ces activités éditoriales, Semenyaka s'est affirmée en tant que porteuse de pouvoir pour le "Manifeste national" d'Azov de 2017[18], qui établissait une alliance entre les partis nationalistes pour les élections présidentielles et législatives d'avril et juin 2019. Son ascension politique en tant qu'ambassadrice zélée du nationalisme ukrainien a été soudaine, lorsqu'elle a rejoint le bureau politique de Corps national en 2019 en tant que secrétaire internationale du mouvement. À partir d'avril 2019, elle est chargée de coordonner les réseaux transnationaux[19], tenant de nombreuses réunions avec l'extrême droite européenne et participant à des conférences et réunions en Allemagne, en Finlande et en Croatie avec le NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), les socialistes révolutionnaires nationaux allemands, les jeunes traditionalistes polonais, les néo-païens finlandais et les suprémacistes blancs américains aspirant à "renouer avec les racines idéologiques européennes."[20] Depuis fin 2019, elle travaille également sur un nouveau prototype de think tank paneuropéen basé sur le projet "Intermarium Support Group", visant à développer et à promouvoir ses idées en Europe.

 

L'Intermarium : Renouveler le stock idéologique du nationalisme ukrainien


Les publications de Semenyaka contiennent des références intellectuelles qui ne sont pas liées aux références traditionnelles centrées sur la nation, comme on le trouve chez Stefan Bandera. En effet, elles sont au contraire très novatrices, c'est le moins que l'on puisse dire, au sein de l'idéologie et de la culture nationalistes ukrainiennes. Ses références incluent des figures allemandes telles que Friedrich Nietzsche, Martin Heidegger, Carl Schmitt et Armin Mohler, ainsi que celles de la sphère intellectuelle française de la Nouvelle Droite. A titre d'exemple, on peut citer Dominique Venner, ancien membre de l'OAS (Organisation de l'armée secrète française) et fondateur du groupe "Europe Action", Alain de Benoist, fondateur de la Nouvelle Droite française, l'écrivain collaborationniste Pierre Drieu de la Rochelle et le philosophe religieux René Guénon. Considéré comme l'un des pères de la philosophie traditionaliste et du fascisme, l'auteur italien Julius Evola est également utilisé dans la philosophie de Semenyaka, ce qui la place dans la généalogie traditionaliste. L'idée d'une tradition primordiale comme dénominateur commun des sociétés et des spiritualités humaines a été utilisée par les mouvements fascistes historiques ainsi que par les groupes de droite contemporains[21].

Elle fait également référence à la pensée nationaliste intégriste de Charles Maurras, fondateur du mouvement monarchiste français Action française en 1899. Cependant, c'est à la Révolution conservatrice allemande qu'elle doit le plus son inspiration dans sa recherche d'une nouvelle "métaphysique occidentale", une vision philosophique du monde qui vise à établir, comme le suggéraient Nietzsche ou Heidegger, un ordre symbolique capable de répondre à la crise de sens que traversent les sociétés européennes contemporaines. Cette finalité est associée à une Troisième voie géopolitique et à une optique paneuropéenne, comme l'explique Semenyaka dans son article de 2019 "The Conservative Revolution & Right-Wing Anarchism" :

La Révolution conservatrice est aussi quelque chose comme la transvaluation de toutes les valeurs. C'est une approche révolutionnaire. Elle n'est pas réactionnaire et elle n'est pas conservatrice, malgré son titre. Elle se dirige vers le nouvel ordre mondial, les nouvelles valeurs et la nouvelle métaphysique de l'Occident[22].

Selon Semenyaka, sur la base d'une lecture évolutive de l'histoire tirée de Fascism Viewed from the Right (1964), qui analyse de manière traditionnelle et contre-révolutionnaire les doctrines fascistes et nazies et leurs échecs, la révolution nationale en Europe a été plongée dans un interrègne libéral qui a entravé sa capacité à accéder au pouvoir. Cependant, elle pense que la révolution finira par éclater, conduisant à un renouveau spirituel et national au sein de l'Europe, pour autant que le nationalisme contemporain redéfinisse ses paradigmes conformément aux lignes directrices d'Ernst Jünger introduites dans son essai Le travailleur (1989) :

Le nationalisme ne veut pas accepter la domination des masses, mais exige la domination de l'individu, dont la supériorité est créée par le contenu intérieur et l'énergie vivante. Il ne veut ni l'égalité, ni la justice exclue, ni la liberté, qui se réduit à de vaines revendications. Il veut se délecter du bonheur, et le bonheur, c'est d'être soi-même et pas les autres. Le nationalisme moderne ne veut pas s'envoler dans l'espace sans air des théories, ne vise pas la "libre pensée", mais il veut acquérir des liens solides, de l'ordre, s'enraciner dans la société, le sang et le sol. Il ne veut pas le socialisme de l'opportunité, il veut le socialisme du devoir, du monde stoïcien rigide auquel l'individu doit se sacrifier[23].

Du point de vue post-moderniste de Semenyaka, la fin de la guerre froide et l'émergence, en partie dans l'idée de Fukuyama de la "fin de l'histoire", d'un nouveau monde libéral et globalisé a remis en question la géopolitique conventionnelle et les processus historiques cycliques. La crise actuelle de ce nouvel ordre mondial est, selon Semenyaka, la confirmation d'un désir de retour de la nation à l'échelle européenne, mais sans se défaire des avantages techniques de la modernité. Contrairement à la plupart des mouvements nationalistes européens qui se sont accrochés au chauvinisme et au présentisme, Semenyaka préconise une stratégie métapolitique à long terme pour prendre le pouvoir.

Sur la base de cette vision "prométhéenne" de la géopolitique, Semenyaka entend jeter les bases d'un nouveau plan continental où les nations d'Europe de l'Est seraient l'épicentre d'une intégration européenne alternative : l'Intermarium. Ce bloc géopolitique, qui englobe la configuration géographique de l'ancienne Rzeczpospolita polonaise, qui s'étend de la Baltique aux rives de la mer Noire, serait à la fois un tampon défensif de l'Europe de l'Est contre la Russie et la matrice d'une nouvelle Europe dans laquelle la restauration des valeurs du passé serait conciliée avec les valeurs technologiques de l'avenir.

Le projet géopolitique d'Intermarium

Le projet Intermarium appelle les différents groupes nationalistes de la région à s'unir sous la bannière d'un idéal civilisationnel unique, tel qu'il a été conçu par Semenyaka en collaboration avec Andriy Voloshyn, fondateur du Club traditionaliste ukrainien et de l'Association archéofuturiste ukrainienne (Ukrayins'ka arkheo futurystychna asotsiatsiya, ARFA), une organisation étudiante qui promeut la modernisation du nationalisme ukrainien et sa réorientation géopolitique vers une identité métarégionale. Selon Semenyaka, les nations de l'Intermarium se trouvent à l'interface de deux mondes, l'Ouest et l'Est. Cette position est la manifestation d'un équilibre moral entre les extrêmes du "fondamentalisme oriental" et du "progressisme occidental", source d'une lignée et d'une communauté régionale orientale originale[24].

Semenyaka considère explicitement le projet Intermarium comme une troisième voie politique et géopolitique pour l'Europe, tant sur le plan géographique qu'idéologique. S'appuyant sur une approche historique propre à l'héritage panslave de l'ancêtre d'Azov, le groupe paramilitaire kharkivien Patriot of Ukraine (Patriot Ukraïny), elle affirme que l'Intermarium repose sur l'équilibre entre les composantes d'un axe Nord-Sud ; cette dichotomie culturelle correspond au binaire Est-Ouest, l'Ukraine étant la synthèse des deux. Son argumentation repose sur l'ancienne colonisation des côtes de la mer Noire par les Grecs, qui ont introduit les bases de la civilisation occidentale, et notamment ses fondements démocratiques, à partir du Sud. Le Nord, quant à lui, est considéré comme très lié à la migration des peuples germaniques d'Europe du Nord - les Goths - vers la région au troisième siècle de notre ère. Cette polarisation Nord-Sud a également été l'axe choisi par les princes de la Rus' de Kiev, une force européanisante, pour s'étendre vers le Nord "barbare" jusqu'à Novgorod[25].

Pour Semenyaka, l'objectif de l'Intermarium est donc de promouvoir un mouvement fédérateur capable de prendre en compte ces héritages contradictoires et de promouvoir une nouvelle intégration Nord-Sud (au lieu de l'historique Est-Ouest) pour l'Europe de l'Est. Tel est le sens profond de son initiative, qui s'appuie sur l'histoire ancienne plutôt que sur les confrontations géopolitiques récentes. Elle se réfère également à la notion de "prométhéisme"[26], utilisée par Józef Piłsudski au début des années 1920 pour théoriser la restauration de la Pologne comme une réincarnation moderne de l'ancienne domination polonaise, unifiant le royaume de la Baltique et de la mer Noire dans un effort commun contre le communisme.

À cet égard, Semenyaka adopte les théories "Chornomorskyi"[27] (mer Noire) de l'école géopolitique ukrainienne, telles qu'elles ont été développées par Yurii Lypa dans sa Trilogie ukrainienne (Vseukrayinska Trylogia), ou par Stanislav Dnistrianskyi[28]. Cette approche reconsidère la "destinée manifeste" de l'Ukraine à travers ses substrats géographiques et historiques, et elle met en avant la géographie comme un vecteur identitaire clé. Elle s'inspire de Dmytro Dontsov, pour qui l'Europe de l'Est était un rempart naturel contre ce qu'il appelait la "mutation culturelle mongole de la Russie"[29] Les partisans voient dans l'Union soviétique une version asiatique de la puissance[30].

Inspirée par les théories de Lev Gumilev sur l'ethnicité, Semenyaka pense que les groupes ethniques sont des organismes biosociaux qui peuvent être mutuellement symbiotiques ou exclusifs. Elle appelle à un "ethno-futurisme" dans lequel les divisions nationales existantes de l'espace Baltique-Mer Noire seront surmontées par des synergies ethno-régionales plus larges. En mettant l'accent sur la coopération plutôt que sur la compétition entre les peuples de l'Intermarium, l'ethno-futurisme cherche à éviter le piège de l'isolement géopolitique imposé à l'Europe de l'Est : une fois unifiée, la région mènerait une "quatrième révolution industrielle" combinant traditions européennes et nouvelles technologies. Cet ethno-futurisme est, en fait, un emprunt direct au penseur français de la Nouvelle Droite Guillaume Faye. Dans son ouvrage Archéofuturisme (1998), Faye affirme que le destin de la civilisation européenne doit passer par un retour des sociétés aux valeurs archaïques sans diaboliser la technologie, et que cela doit coïncider avec la formation d'un grand bloc étatique indépendant paneuropéen appelé "Euro-Sibérie"[31].

Enfin, Semenyaka considère le projet Intermarium comme une rampe de lancement pour une révolution paneuropéenne. Le choix d'un mot latin se terminant par -ium évoque l'Imperium, qui fait référence à la puissance militaire romaine, et, dans une certaine mesure, l'idée de grandeur. Contrairement à intra-, inter- évoque la notion d'espaces larges et discontinus au sein d'un même bloc, qui pourraient être considérés en parallèle à l'espace Intrabalticum. Comme d'autres nationalistes d'Europe de l'Est, Semenyaka rêve de revitaliser un nationalisme d'Europe occidentale en déclin et épuisé par le biais d'un nouveau nationalisme d'Europe de l'Est rafraîchissant :

la différence entre les "vieilles" et les "jeunes" (ou retardataires) nations explique pourquoi l'union Intermarium joue un rôle de plate-forme pour la Reconquista paneuropéenne, ou de laboratoire du renouveau paneuropéen[32].

Cette révolution paneuropéenne reste largement inspirée par plusieurs théories fascistes classiques sur la régénération à travers la nécessité de la guerre culturelle, d'une avant-garde idéologique éclairée et de l'existence d'un monde occulte. Semenyaka, par exemple, ne cache pas son attirance pour la musique Black Metal. Elle le théorise comme un genre musical réservé à une élite privilégiée qui croit aux principes chevaleresques, une sorte d'avant-garde conservatrice supranationale capable de faire revivre une certaine idée de l'Europe fondée sur le rejet de la décadence moderne. En 2012, elle a publié le chapitre "When the Gods Hear the Call : Le potentiel conservateur-révolutionnaire de l'art du black metal" dans Black Metal : European Roots & Musical Extremities, publié par Black Front Press, qui est dirigé par le militant national-anarchiste britannique Troy Southgate.

Semenyaka analyse la philosophie hérétique du Black Metal à travers le concept de "Luciférianisme aryen"[33], inspiré par des références à l'Ariosophie, au nihilisme d'Ernst Jünger et à "l'esprit aristocratique" de Julius Evola. Elle voit dans ce "luciférianisme aryen" un appel à une forme extrême de romantisme, de pouvoir et de violence marquée par des principes et un symbolisme néo-païens - même si elle préfère se référer au gnosticisme comme principe philosophique pour cette interprétation métaphysique du Black Metal. En considérant le satanisme comme une norme élitiste, le concept de "luciférianisme aryen" dans le Black Metal peut être détecté dans la philosophie de Semenyaka comme un sentiment métaphysique de l'unité de la liberté et de la nécessité présupposée en détail et avec précision par le concept de volontarisme ethnique européen[35]. [Cela fait écho à l'idée de l'Italien Julius Evola, "traditionaliste radical", révolutionnaire conservateur et critique du fascisme "de droite", qui souligne, avec quelques notions de la culture ésotérique nazie, que la noblesse de l'esprit et la noblesse traditionnelle de l'Europe sont combinées dans une seule entreprise messianique.

 

Les réseaux du nouveau "volontarisme européen".


En tant que secrétaire de presse, puis secrétaire aux relations internationales du mouvement Azov, Semenyaka s'est constitué un vaste réseau à travers divers individus et groupes intellectuels d'extrême droite nationaux et internationaux.

Depuis son engagement au sein du Club traditionaliste ukrainien, Semenyaka a tenu à établir des contacts avec des acteurs des mouvements nationalistes ukrainiens, notamment le Centre monarchiste de Kiev (Kyevskyy monarkhycheskyy tsentr) d'Eduard Yurchenko, pour lequel elle est intervenue lors de la deuxième conférence monarchiste panukrainienne (Vseukrayinska monarkhichna konferentia) en 2013. Après avoir rejoint Secteur droit, Semenyaka a coopéré avec l'Union panukrainienne Svoboda via l'assistant parlementaire Yury Noevy, et avec le groupe d'autodéfense C14, tous deux proactifs pendant la révolution de Maidan. Malgré l'hétérogénéité qui peut exister entre ces groupes, le rôle de Semenyaka en tant qu'attachée de presse du mouvement Azov lui a permis d'entrer en contact avec d'autres mouvements comme les ultra-orthodoxes Katekhon, qui soutiennent l'établissement d'une société religieuse et conservatrice ukrainienne contre l'influence de l'orthodoxie russe et des valeurs libérales occidentales, ainsi que les suprématistes autonomistes Karpatska Sich (Sich des Carpates) basés dans la région transcarpatique d'Uzhorod.

Parallèlement à ses contacts avec divers mouvements ukrainiens, Olena Semenyaka a noué des relations avec plusieurs mouvements internationaux. Cette stratégie correspond d'abord à une volonté de trouver des soutiens internationaux dans le but évident de contrer le récit pro-russe sur le conflit ukrainien et le soutien recueilli par Moscou auprès des principaux partis d'extrême droite européens[36]. Pour répondre aux succès remportés par la Russie auprès de l'extrême droite européenne, Semenyaka a développé son propre éventail de contacts. Avant la création du groupe de soutien Intermarium, elle a rencontré pour la première fois les dirigeants du journal conspirationniste suédois Nya Tider en 2014 pour une interview. Ce journal est lié au mouvement Nordisk Ungdom, proche du Front Nord scandinave, qui a soutenu financièrement Secteur droit au plus fort du conflit de Maïdan[37] Elle a également participé à l'accueil du bénévole Mikael Skilt, aujourd'hui conservateur modéré, du défunt parti néonazi Svenskarnas Parti, d'un comité des Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna) et de membres de l'organisation bénévole Svenska Ukrainafrivilliga[38].

Comme nous l'avons vu, l'Intermarium est le projet central à long terme de Semenyaka. Pour le construire, il est clair qu'elle doit unir les nationalistes d'Europe de l'Est et les incorporer progressivement dans une véritable mission idéologique visant à réaliser l'unité européenne. Tel est l'objectif de la "Reconquista", dont le nom seul suffit à démontrer le caractère offensif, pratique et idéologique. C'est l'instrument qui doit garantir la réalisation de l'Intermarium. Reconquista est l'acte fondateur d'un mouvement visant à unir les forces nationalistes autour d'Azov, de Semenyaka et de son projet d'Intermarium, et à diffuser la pensée nationaliste à travers l'Europe. Instrument de reconquête du terrain, Reconquista joue également un rôle de médiation pour résoudre les nombreuses querelles mémorielles et idéologiques des différents acteurs des mouvements nationalistes européens - et par la suite pour unir ces acteurs. Le projet Reconquista est politique mais aussi culturel : il constitue, dans la lignée de la pensée de Semenyaka, un axe majeur de la stratégie internationale d'Azov, avec un slogan ambitieux et affirmé qui résume tous ses espoirs : "Aujourd'hui l'Ukraine, demain la Rus' et toute l'Europe !".

Le projet Reconquista, révélé en octobre 2015, est donc appelé à devenir l'axe central, mais pas unique, de la majorité des communications d'Azov et de l'extrême droite sur Internet et au sein des réseaux connexes. Il prend la forme d'un blog sur la plateforme de microblogging Tumblr. Le blog est relativement actif, avec environ six à neuf messages par semaine. Reconquista est conçu comme une plateforme de réflexion métapolitique, visant à unir les forces des nationalistes européens :

Reconquista est un aspect central de notre communication avec les autres forces nationalistes d'Europe. En diffusant nos informations, nous montrons clairement qu'Azov a les mêmes objectifs qu'eux pour l'Europe. Cela nous permet de tisser des liens avec les autres forces conservatrices[39].

 

2ème conférence Paneuropa, Kiev, octobre 2018

En plus du blog, plusieurs conférences "Pan-Europa" ont été organisées par Semenyaka à Kiev. Le 28 avril 2017 et le 15 octobre 2018, à la suite des conférences annuelles du "Groupe de soutien à l'Intermarium" du mouvement Azov, elle a accueilli divers militants d'extrême droite divisés en sections "parlementaire" et "métapolitique". Parmi les exemples, on peut citer :

  • le militant italien, Sébastien Manificat, et Alberto Palladino, le conférencier international de CasaPound Italia ;
  • les Allemands Remo Kudwien ("Matz") et Maik Schmidt de l'organisation de jeunesse NPD, ainsi que Julian Bender et plusieurs membres du parti "révolutionnaire, nationaliste et socialiste" Der Dritte Weg, un allié de longue date du mouvement Azov qui a jusqu'à présent participé aux hommages rendus aux soldats ukrainiens le 14 octobre de chaque année ;
  • des militants du Groupe de défense de l'Union identitaire française (GUD), basé à Lyon, dont Steven Bissuel, et Pascal Lassalle, de la Nouvelle Droite, qui défendent l'Ukraine contre les opinions pro-russes de l'extrême droite française ;
  • le YouTubeur et culturiste suédois, Marcus Follin ("The Golden One"), qui promeut un "mode de vie de droite" sur le web ;
  • le Norvégien Bjørn Christian Rødal, du parti eurosceptique et nationaliste nordique Alliansen - Alternativ for Norge ;
  • le philosophe nationaliste blanc américain Greg Johnson, dont le site Counter-Currents a été traduit et publié dans les principales déclarations de Semenyaka en anglais ;
  • les militants polonais Pawel Bielawski et Witold Dobrowolski, respectivement du magazine polonais Sturzm et de la revue métapolitique Niklot ;
  • et Mindaugas Sidaravičius, de l'Union nationaliste lituanienne.

En rassemblant des sympathisants pro-ukrainiens ou des alliés potentiels, malgré leurs liens avec la Russie, ces rencontres ont eu pour objectif d'établir un espace de dialogue et de réflexion pour promouvoir l'idée d'une révolution nationaliste paneuropéenne et tisser de nouveaux liens personnels et institutionnels. La même période, à partir de 2017, a également vu Semenyaka voyager de plus en plus fréquemment à l'étranger, tissant des liens particulièrement importants en Allemagne, où elle a donné une interview au journal Deutsche Stimme et participé au congrès européen des nationalistes le 22 mars 2015, à l'invitation de la branche jeunesse du parti d'extrême droite National Democratic Party (NPD)[40] Cette expérience, qui a montré les réelles affinités de Semenyaka avec la philosophie révolutionnaire allemande, a été répétée les 11 et 12 mai 2018, lors de la conférence "[RE]generation.Europa" organisée à Riesa. La conférence [RE]generation.Europa a réuni divers groupes d'extrême droite européens, allant des franquistes espagnols anti-immigration Hogar Social à Trzechia Droga du mouvement polonais Third Way. Elle a été marquée par la présence du nationaliste blanc croate Tomislav Sunić, l'un des acteurs clés de la réunion, aux côtés du député européen Ruža Tomašić et de l'ancien légionnaire étranger français, Bruno Zorica, pour ouvrir la Croatie au projet Intermarium de Semenyaka[41].

Le 14 mai 2018, Semenyaka s'est rendue dans le centre de l'Allemagne pour le congrès "Phalanx Zentropa II" organisé par la branche pro-ukrainienne de Die Rechte[42], et le 7 juillet 2018, elle a participé au festival "Youth in Storm" organisé par Der Dritte Weg. Loin de se concentrer uniquement sur les contacts militants dans le monde germanique, Semenyaka a également étendu progressivement son influence dans divers cercles métapolitiques. Lors de conférences et de "soirées ukrainiennes" sur la géopolitique, elle a exposé son point de vue sur l'histoire ukrainienne et la stratégie d'Azov à des groupes tels que le Club Flamberg (15 juin 2018) à Halle ou la maison d'édition de Dresde Jungeuropa Verlag, la maison d'édition de la Jeune Europe (3 et 5 août 2018).

Dans le même temps, elle a également étendu ses contacts en Europe occidentale, nouant des liens étroits avec le Casapound italien, qui se décrit comme le "fascisme du XXIe siècle." Elle s'est rendue en Italie en janvier 2019 pour assister à la marche annuelle Acca Larentia commémorant l'anniversaire de l'assassinat, le 7 janvier 1978, de trois membres du Front de la jeunesse du Mouvement social italien, accompagnée d'une délégation de Karpatska Sich et du militant casapound ukrainien Yaroslav Zakalyk[43] Enfin, elle a participé au "Forum Prisma Actual" à Lisbonne le 4 mai 2019, à l'invitation du groupe identitaire portugais Escudo Identitario. Cette dernière visite a été l'occasion de se présenter au public ibérique comme la représentante d'une nouvelle " Reconquista " en Ukraine.

Semenyaka ne manque jamais de renforcer les synergies Nord-Sud qui sous-tendent son projet Intermarium. Elle participe à des réunions et à des conférences organisées par des partisans de l'ethno-futurisme, comme le groupe métapolitique nationaliste blanc estonien Sinine Äratus (Réveil bleu) et, actuellement, le député du parti Eesti Konservatiivne Rahvaerakond (EKRE) Ruuben Kaalep. Elle a également participé, le 24 février 2019, à la célébration de l'indépendance de l'Estonie aux côtés de militants nationalistes d'EKRE. Plus que le simple soutien à un parti qui critique à la fois l'UE et la Russie, ce défilé a montré que l'espace Intermarium peut s'établir sur la base d'une mémoire commune : à savoir, la lutte pour l'indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique.

En marge de ces événements, Semenyaka a rencontré le néo-païen féroïen Fróði Midjord, qui l'a invitée à prendre la parole lors du forum identitaire nordique Scandza le 30 mars 2019[44], qui visait à mettre en avant le concept d'Anarcho-Tyranny. En présence de figures de l'alt-right américaine, comme le rédacteur en chef de la revue nationaliste blanche American Renaissance, Jared Taylor, et l'auteur antisémite Kevin MacDonald, qui visitait la région pour la première fois, Semenyaka a promu les théories d'Ernst Jünger sur l'État policier néo-totalitaire et a insisté sur la nécessité d'utiliser les technologies médiatiques modernes pour soutenir un projet paneuropéen.

À la suite de cette réunion nordique, elle a donné une interview au podcast "Anton och Jonas" géré par Anton Stigermark, représentant du parti Alternativ för Sverige (Alternative pour la Suède), et Jonas Nilsson, ancien instructeur du bataillon Azov pour les volontaires suédois et coordinateur du "Boer Project"[45], un mouvement nationaliste blanc sud-africain qui apporte un soutien politique et médiatique à la minorité afrikaaner[46]. [46] Semenyaka a conclu ses voyages nordiques le 6 avril 2019, lors de la conférence Awakening II à Turku, en Finlande, où elle a jeté les bases d'une future coopération finno-ukrainienne, en s'appuyant sur l'héritage du partenariat entre la Finlande (sous Herman Gummerus) et l'Ukraine (sous Hetman Pavlo Skoropadskyi) en 1918.

Loin de limiter ses liens avec la scène métapolitique internationale, Semenyaka a également de nombreux contacts dans la sphère artistique du Black Metal. Depuis 2015, elle était proche des néo-païens et des nazis ésotériques de Wotan Jugend, dirigés par le Russe Alexey Levkin, vocaliste du groupe de Black Metal militant M8L8TH[47]. Jouant un rôle actif dans l'organisation du festival de Black Metal "Asgardsrei" et de la "Conférence du Pacte d'Acier", elle a tissé des liens avec plusieurs groupes, tels que le groupe allemand Absurd[48], le français Peste Noire[49] et le finlandais Goatmoon. [50] En outre, elle entretient des relations avec le Russe Ivan Mikheev, disciple du prêtre écofasciste néo-païen Alexey "Dobroslav" Dobrovolsky, qui a cofondé le mouvement traditionaliste russe en exil Russkii Tsentr (Centre russe). Cependant, en 2019, Mikheev a quitté le Russian Center en raison de désaccords croissants avec l'agenda de Wotan Jugend suite à l'adhésion d'Alexey Levkin[51]. Contrairement à Semenyaka, qui se consacre à la création d'une Nouvelle Droite en Ukraine, les initiatives de Levkin étaient beaucoup trop provocantes. En s'associant à des groupes néonazis notoires tels que le Rise Above Movement (RAM), un groupe suprématiste blanc américain violent[52], ou en organisant des événements tels qu'une commémoration de l'anniversaire d'Hitler appelée "Führernacht" avec son groupe annexe "Akvlt"[53], il a donné une mauvaise publicité aux ambitions de Semenyaka.

De même, en 2019, lors du festival annuel Asgardsrei, Semenyaka a parlé du cycle de conférences Pacte d'acier conjointement avec le spécialiste des études indo-européennes, éditeur, traducteur et chercheur de la Nouvelle Droite de Plomin, Sergiy Zaikovsky. Un nouveau cycle de conférences s'intitule "Homeland", faisant allusion à la patrie primordiale des peuples indo-européens, la steppe pontique-caspienne, partiellement occupée par l'Ukraine méridionale moderne (une hypothèse plus probable que la péninsule indienne et l'hypothèse associée de la migration aryenne)[54].

« Le mouvement La Rose d'argent propose une idéologie féministe qui tente de revaloriser le statut des femmes au sein des mouvements nationalistes ukrainiens et de lutter contre les excès supposés du féminisme contemporain. » 

Enfin, depuis le début de l'année 2019, Semenyaka milite au sein de l'organisation "alt-féministe" "Silver Rose " (Striblo Trojandy) créée par Julia Fedosiouk[55], membre du Plomin. Loin d'assumer l'image habituellement revendiquée par l'extrême droite ukrainienne, la Rose d'argent propose une idéologie féministe qui tente de revaloriser le statut des femmes au sein des mouvements nationalistes ukrainiens et de lutter contre les excès supposés du féminisme contemporain. Olena Semenyaka participe à distance à l'élaboration de leur doctrine de l'athénisme (en référence à la déesse grecque Athéna, mère de la sagesse, de l'art et de la guerre), une conception de la féminité européenne et de la condition féminine inspirée par la Nouvelle Droite et ancrée dans l'expérience des XIXe et XXe siècles[57].

 

Conclusion

 


A la fois ambitieuse et innovante dans sa réflexion, Olena Semenyaka incarne aujourd'hui cette nouvelle génération de penseurs nationalistes ukrainiens qui visent à éloigner le stock doctrinal du nationalisme ukrainien des sujets démodés. Ce nouveau front idéologique partagé, inspiré par l'héritage de la Révolution conservatrice allemande et de la Nouvelle Droite française, peut désormais construire un langage commun avec d'autres mouvements nationalistes en Europe. L'une des missions essentielles de Semenyaka est en effet de faire de l'Ukraine, autrefois périphérique en marge du débat d'idées européen, un nouveau point de convergence pour l'ensemble de l'Europe et l'avant-garde du futur Intermarium. Dans cette stratégie, la lutte contre la Russie ne constitue qu'une composante parmi d'autres, et non la plus importante : son approche novatrice a profondément décolonisé le nationalisme ukrainien de son obsession russe en créant un nouveau réservoir idéologique partagé avec d'autres groupes nationalistes radicaux européens autour des idées d'une unité continentale dont la composante raciale est très clairement exprimée. Par ses interactions inédites, Semenyaka a permis au mouvement Azov de consolider et de diversifier son appareil idéologique mais aussi de renforcer son influence à l'étranger - une mutation idéologique d'une rare ampleur observée pour la toute première fois dans l'histoire de l'extrême droite ukrainienne. » Adrien Nonjon (traduit avec DeepL)

Source

Photo issue du film documentaire : Glory to Ukraine? War Crimes of Ukranian Army in 2014 (visible sur ma chaîne Rumble) • L'auteur de l'article peut bien nous raconter ce qu'il veut, et nous expliquer que cette « première dame » du nationalisme ukrainien est intelligente, voire brillante. Nous détailler la liste des conférences qu’elle donne à travers toute l'Europe, et la fine fleur de l’extrême droite qu’elle y rencontre à l’occasion. Bref, l’auteur nous parle de la philosophie politique d’une femme qui, outre qu’elle s’appuie et fonde sa pensée sur le travail de penseurs prestigieux, nous apprend également qu’elle fait sienne la lumière de Lucifer. La malice de Satan. À moins d’un grave défaut interne, faire le choix des ténèbres plutôt que celui de la lumière indique à quel point il faut être perdu en soi-même. Cultiver soigneusement une image de soi comme étant celle d’une intellectuelle n’effacera pas les exactions de ses amis néonazis commises contre ses concitoyens. Des Ukrainiens. Des innocents. Femmes, enfants, vieillards, massacrés, violés, torturés. Rien ne pourra jamais effacer cela. Jamais. Son combat est perdu d’avance.

« La République de Lougansk découvre des camps de détention mis en place par des bataillons nationalistes, où la population locale aurait été torturée par des néonazis. RT s'entretient avec les ex-prisonniers » Source

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Rédigé par Marguerite Rothe

Publié dans #Biographies

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