Enquête : Le réseau COMPACT manipule l’opinion, par Colin Meier 1/1

Publié le 26 Septembre 2022

Les experts... Un article qui ne vaut pas seulement pour la Belgique. Experts en tout, experts en rien, perclus de conflits d'intérêts, mauvais ventriloques, leur job c'est de donner les réponses que le public doit entendre, et pour lesquelles ils sont grassement payés. Peu importe si c'est de l’esbroufe. Vu l'état de la situation, on n'est est plus à ça près. Quand on en arrive à vouloir faire gober aux gens qu'ils sont en train de voir un missile plutôt qu'une cheminée endommagée, on peut dire que les carottes sont cuites. C'est comme les scientifiques de la trempe de Neil Ferguson ; lui aussi c'est un « expert », surtout en modèles mathématiques foireux . Des  scientifiques comme lui, le monde pourrait très bien s'en passer. M.R.


 1: La découverte de carnets d’adresses

 

« Le mercredi 26 mai 2021, je n’ai certainement pas été le seul à regarder en prime time, à 20h18 pour être précis, le reportage d’une heure et demie « Quand le doute vire au complot » de l’équipe d’« Investigation » de la RTBF[1]. Contrairement à la plupart des téléspectateurs, je l’ai principalement visionné sous un autre angle que celui du contenu, qui a créé sans vergogne l’amalgame entre les critiques des mesures sanitaires et des croyances aussi farfelues que les reptiliens et la terre plate, voire l’antisémitisme.

[Note de la rédaction : Toutes les notes sont disponibles avec le texte d'origine via le « lien 'Source' », en bas de page. M.R.]

 

Ce qui m’intéressait d’abord ce soir-là, c’étaient surtout les experts participant au documentaire. J’avais pressenti qu’ils proviendraient de ce que l’on nomme un carnet d’adresse. En ce qui concerne la Belgique, j’avais d’ailleurs déjà un nom en tête : le Pr Olivier Klein de l’ULB [2]. Je l’ai suivi, parmi d’autres universitaires, lors de mes recherches sur les stratégies de communication dans le cadre de la crise actuelle. Bingo ! Dès l’introduction de l’enquête de la RTBF le grand public se voit présenter le Pr Klein comme expert, sorti de nulle part. Pourquoi est-ce alors si important ?

 

Manque de temps

 

Quiconque se penche sur la théorie et la critique des médias ne peut faire l’impasse sur deux noms prestigieux : le sociologue français Pierre Bourdieu[3], et le linguiste et militant américain, Noam Chomsky[4]. Tous deux se sont consacrés de manière critique à la figure de « l'expert » dans leur travail et leur activisme. Bourdieu faisait, certes, référence à la télévision des années 1990, mais les mêmes constats peuvent être transposés à l'ère de l'internet : certaines conditions sont de plus en plus imposées au journalisme à cause des contraintes technologiques de la télévision. L’une d’entre elles est liée au temps et à l’urgence. Cette pression du temps joue un rôle dans la concurrence avec les autres médias lorsqu'il s'agit de livrer un scoop plus rapidement que les autres. Mais cela entraîne également des réductions fondamentales dans les processus de réflexion : les démonstrations, par exemple, nécessitent une réflexion, ce qui prend du temps.

 

Lieux communs

 

Ainsi, les médias ont besoin de personnes capables non seulement de « penser » sous la contrainte de la vitesse, mais également de s'y épanouir : les fast thinkers. L'allusion à peine voilée au terme fast food et ce qu’on y associe est une sorte de clin d'œil académique. Ces « experts » bien commodes ont toujours réponse à tout, et peu importe la nouveauté d'un phénomène, ils savent immédiatement de quoi il en retourne. En réalité, ces penseurs rapides ne pensent évidemment pas plus vite que les autres : ils communiquent dans un court laps de temps (qu’il s’agisse de la brièveté de leur intervention ou de l’analyse immédiate d'un phénomène) bel et bien d’autres informations, l’objet de nos recherches.

N'ayant pas le temps d'expliquer quelque chose de nouveau que les téléspectateurs ne connaissent évidemment pas encore, ils ne peuvent accéder via des raccourcis qu'à ce qui est déjà établi depuis longtemps dans notre imaginaire et mobilisable à l’envi : les lieux communs. Bien entendu, le public n'acquiert aucune connaissance nouvelle de cette manière, puisqu'il s'agit essentiellement de non-communication ou de communication vide.

Rien de neuf, vrai ou faux, n'est communiqué. Bref, ce qu’ils disent confirme ce qu'on sait déjà ou qu’on pense savoir.

 

Endoctrinement institutionnel

 

Le recours répétitif aux carnets d'adresses d’« experts », disponibles au même titre que les lieux communs qu'ils produisent, fait gagner encore plus de temps aux médias. Les mêmes personnes s’expriment toujours sur les mêmes sujets. Et cela réduit, via la répétition, l’espace d’expression des opinions, bref de ce qui peut être de plus en plus dit jusqu’à conduire à une pensée unique. C’est ce que Chomsky appelle le « culte de l’expertise » : un outil idéologique qui sert à remplacer, contrôler et, en fin de compte, empêcher l'analyse et la critique institutionnelle (apanage des sciences sociales critiques et du journalisme) sur la base d'expertises autorisées et autoritaires émanant de ces mêmes institutions. L’intérêt des experts, qui s’y confond avec leurs conditions d’existence, est ainsi également garanti.

Chomsky va jusqu'à appeler cela un endoctrinement institutionnel. Ce processus s’autorise un semblant d'ouverture et de controverse à travers des déviations minimales au sein d'un espace de pensée étroitement délimité, afin de s’assurer qu'on ne le rejette pas d’emblée comme de la propagande d'État. Les schémas répétitifs sous forme de carnets d'adresses ou de réseaux sont plus que de simples coïncidences : ils émanent d’un système pour répondre à ses intérêts, de manière consciente ou inconsciente.

 

L’investigation

 

J'ai enquêté sur un tel réseau d’« experts » au cours des derniers mois : le Comparative Analysis of Conspiracy Theories in Europe ou COMPACT[5], dont fait partie le Pr Olivier Klein[6], aux côtés d’environ 150 autres universitaires internationaux. COMPACT porte l’acronyme officiel « CA15101 » (« COST Action 15101 ») et a été financé par la Commission européenne à raison d’environ 675 000 €[7] et dont la valeur économique a été estimée à 124 mio. €[8] par la COST Association[9]. Celle-ci a été créée en 1971 par les gouvernements des 19 pays de l’UE de l’époque ainsi que la Commission Européenne. Cette dernière lui a accordé un budget de 300 mio. € pour la période de 2014 à 2020 (dans le cadre du programme de recherche de l’Union Européenne « Horizon 2020 »)[10]

Pour ses services rendus, la Commission Européenne a inclus sur son site web officiel, parmi ses recommandations officielles dans la lutte contre le covid-19, les résultats[11] du groupe de recherche COMPACT du Pr Butter[12], [13] et le remercie explicitement (juste avant la section des documents) pour ses contributions dans le « combat contre la désinformation » et les « théories de complot »[14]. Mais quel est son rôle exact, en fin de compte ? » Colin Meier, journaliste citoyen indépendant et correspondant pour l'Allemagne chez BAM!

À suivre…

Source

Épisode 2

 


Complètement raccord avec le sujet, j'en profite pour vous relayer cette excellente intervention de Lucien Cerise au micro de Radio Québec

 

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Rédigé par Marguerite Rothe

Publié dans #Société, #Enquête

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